Agnès Pannier-Runacher - Directrice générale déléguée Compagnie des Alpes

Vendredi 1 Août 2014

Nous avons profité du Salon Mountain Planet pour rencontrer Agnès Pannier-Runacher. Elle revient pour nous sur les raisons qui l’ont motivé à rejoindre la Compagnie, les projets, les ambitions et les stratégies du groupe que ce soit en France mais aussi à l’International.

Montagne Leaders : Votre poste à la CDA a pris effet le 28 janvier 2013. Qu’est ce qui vous a motivé dans cette nouvelle aventure ?

Agnès Pannier-Runacher - Directrice générale déléguée Compagnie des AlpesAgnès Pannier-Runacher : La CDA est une entreprise à taille humaine : en tant que dirigeant, on peut prendre la mesure de ce qui se passe et avoir un vrai impact. Par ailleurs, les métiers de la Compagnie sont des métiers qui emportent un imaginaire riche et qui sont portés par des personnes passionnées et engagées. Enfin, c’est une entreprise que je connaissais car je l’ai suivi comme actionnaire quand je travaillais à la Caisse des Dépôts auprès de son actuel président, Dominique Marcel ; j’arrivais donc dans un climat de confiance. A l’usage, j’ai réalisé qu’il y a de l’écho entre le profil des gens avec lesquels je travaillais chez Faurecia et ceux que je côtoie aujourd’hui, il y a notamment beaucoup de gadz’arts ; c’est plaisant de retrouver ce type de profils et de modes de fonctionnement dans un environnement totalement différent.
Je suis persuadée que c’est une entreprise qui a du potentiel, notamment à l’international. J’ai intégré le groupe à un moment très intéressant de son histoire, un certain nombre de projets allaient se mettre en place. Le défi avait beaucoup d’attraits. Bien sur, j’adore skier, j’ai de l’appétence pour ce sport.

ML : Vous venez d’évoquer le virage à l’international du groupe ; pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

APR > Le développement à l’international a été entamé il y a quelques années et figure au cœur de notre projet d’entreprise de 2012. Je n’ai fait que m’inscrire dans cette stratégie à laquelle j’adhère totalement. L’international est une nécessité pour une entreprise qui opère sur une seule géographie. Cela nous rend moins attractif que d’autres sociétés qui équilibrent leurs risques et leurs cycles sur différentes géographies. Cette situation est d’autant plus prégnante lorsque l’Europe continentale traverse une période où l’environnement économique n’est pas porteur. Certes, le ski est une activité très résiliente, mais le marché est relativement mature, et subit les conséquences du vieillissement de la population et de conditions économiques défavorables. Aller chercher de nouveaux champs de croissance est essentiel. Aujourd’hui, notre développement international dans le ski est porté par le conseil, l’accompagnement, pas par l’investissement. C’est un nouveau métier où nous prenons la mesure du très haut niveau d’expertise de nos collaborateurs : nos clients sont en totale confiance et c’est très gratifiant pour nos collaborateurs. Cela nous oblige aussi à nous remettre en question car en miroir, nous sommes confrontés à des problématiques qui nous font réfléchir sur nos opérations dans nos sites. Au final le conseil nous permet, à risque maîtrisé, d’apprendre l’international, de découvrir de nouveaux marchés et de nous donner l’opportunité un jour d’investir hors d’Europe.

ML > Quels sont les pays que vous ciblez plus particulièrement ?

APR > La Russie est un continent sur lequel nous avons œuvré, et ce bien avant les Jeux Olympiques de Sochi. Ces Jeux ont été une réussite et cela nous donne une référence extraordinaire à l’international ; l’événement a bien entendu permis de porter haut les compétences et le savoir-faire de l’ensemble de la montagne française. En Russie toujours, nous travaillons sur le développement d’Arkhyz, dans le Caucase Nord. Nous venons ainsi de quadrupler notre chiffre d’affaires semestriel réalisé dans nos activités de développement international en passant de 500 000 euros à 1 900 000 euros ; même si les montants restent modestes, il y a une progression significative. D’autres opportunités se dessinent en Russie et dans des régions voisines.
Nous travaillons également sur l’Asie. Au Japon d’abord. Là bas, nous collaborons avec Mac Earth, un opérateur de 28 stations qui a beaucoup d’ambition. Ce groupe a atteint une taille critique et peut donc travailler à l’optimisation de sa performance opérationnelle. Il souhaite également se développer en Asie et nous avons toute notre place dans le développement de ce partenariat.
Pour la Chine, nous opérons selon une stratégie différente, de façon très préliminaire. Les contacts que nous avons sont très intéressants notamment avec des partenaires hébergeurs ou équipementiers. La montagne française et ses savoir-faire sont très bien représentés dans ce pays.

ML > L’Amérique du Sud fait-elle partie de vos pays cible ?

APR > Sur cette région du monde, nous sommes plus opportunistes. Nous ne pressentons pas le potentiel de ce marché à court terme pour des raisons de profondeur de la clientèle accessible. Le Brésil qui pourrait fournir la clientèle n’est pas orienté ski.

ML > Et en France ?

APR > Nous avons une part de marché importante en France et tout développement complémentaire sera regardé de près par les autorités de la concurrence. Cette limite étant posée, le développement à l’international ne doit pas nous empêcher d’être attentifs à ce qui se passe en France. Le marché du ski français est très structuré, les mouvements sont rares, mais si une opportunité se présente, nous nous devons de la considérer compte tenu de notre position de leader (en France).

ML > Il y a un peu plus d’un an, vous nous présentiez la Foncière Rénovation. Où en est-on aujourd’hui ?

Agnès Pannier-RunacherAPR > Nous avons acquis 200 logements en 2013, nous en avons rénové 140 et nous les avons commercialisés. Le taux d’occupation de ces hébergements s’est avéré significativement supérieur au taux moyen d’occupation des hébergements gérés par les agences de nos stations. On mesure ainsi tout le bénéfice de la rénovation ! Nous avons l’objectif d’acquérir 180 nouveaux logements en 2014. En lien avec la Foncière Rénovation, nous avons développé le site internet Alpes Ski Résa qui propose des packages hébergement/forfait en ligne. Nous avions fait un soft opening pour la saison 2013-2014. L’année prochaine, nous serons actifs sur toute la saison. Notre objectif est de nous différencier en proposant des services additionnels, de l’accompagnement et du conseil, des compétences où notre connaissance intime de nos stations nous permet clairement d’avoir une forte valeur ajoutée.
Il est clair que l’hébergement est un sujet stratégique pour nous. La rénovation est un sujet crucial. En la matière, la Compagnie des Alpes n’a pas vocation à être systématiquement présente dans toutes les opérations, mais nous nous devons de faire tout notre possible pour aider les opérations à se réaliser. Je pense également que le volet « Neuf » ne doit pas être abandonné. Il faut un développement équilibré pour proposer une offre qui réponde à la demande des clients. Ce qu’on construit aujourd’hui est de bien meilleure qualité au regard des enjeux environnementaux qu’il y a trente ans. La rénovation de l’immobilier existant doit aller de pair avec la réalisation de programmes immobiliers neufs de qualité.
Le troisième enjeu en matière d’immobilier est la commercialisation. Dans le secteur du tourisme, la demande va doubler, mais l’offre va tripler et nous allons entrer dans une phase de concurrence accrue. Sur une carte du monde, de plus en plus de zones proposeront de nouvelles offres touristiques. Bien sûr, nous pouvons compter sur la puissance de nos marques locales, mais nous avons intérêt à promouvoir de manière coordonnée l’offre Alpes France. Il faut faire en sorte que l’écosystème montagne prenne ce virage dans les meilleures conditions. Quand je vois certains domaines étrangers et la manière dont ils font la promotion de leur destination, notamment sur la toile, en coordonnant l’ensemble des acteurs locaux, je trouve ça très intéressant. Il faut pouvoir s’inspirer de ces modèles et prendre les devants.

ML > La CDA c’est le volet ski mais aussi le volet parc de loisirs. Que répondez vous à ceux qui craignent une disneylandisation de nos stations ? 

APR > Je pense que les tendances du marché nous montrent bien que nos clients sont à la recherche d’un produit authentique, qui les rapproche de la nature et qui les mettent au contact des « forces de la nature ».
Cela va donc plutôt contre des approches qui seraient trop artificielles. Ce que nous ont appris des parcs de loisirs, en revanche,c’est qu’il faut accompagner le client non seulement tout au long de sa visite, mais encore avant celle-ci et après son retour chez lui. Ils nous ont également appris que la satisfaction des clients va de pair non seulement avec la qualité de service mais aussi avec le fait de vivre des expériences immersives qu’on ne retrouve pas ailleurs, des expériences qui procurent des souvenirs inoubliables.
Nous pouvons en tirer des enseignements et mettre en application certaines recettes sur nos domaines skiables. Sur la question de l’accompagnement client par exemple. Nous savons tous qu’un séjour à la montagne est compliqué, qu’il y a de nombreuses ruptures entre le moment où l’on quitte son domicile et le moment où l’on pose enfin ses valises en station. Concernant la qualité de service, l’à-peu-près n’est plus accepté par nos clients, les spécialistes de la qualité client estiment qu’il faut atteindre un minimum de 9/10 pour être compétitifs. Nous avons donc une marge d’amélioration ! Enfin, nous devons travailler encore un peu plus notre capacité à créer des expériences inoubliables.

ML > C’était votre premier SAM, désormais Mountain Planet. Quel est votre ressenti sur cet événement ? 

APR > Il y a beaucoup de monde, beaucoup de projets, et ça, c’est très positif pour le métier. J’ai pu voir de beaux produits, des stands où l’on a mis en avant la qualité, l’innovation, le confort ; nous ne sommes pas dans la technique pure et dure. J’ai également constaté la présence de nombreuses délégations étrangères, c’est un bon signe pour l’économie du ski français.

 

Parcours

Diplômée de HEC et de l’ENA, Agnès Pannier-Runacher a débuté sa carrière en 2000 au ministère de l’Économie, des Finances et de l’Industrie en tant qu’inspectrice des finances. Après trois années passées à l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (2003-2006) en tant que directrice de cabinet, en charge du pilotage économique et financier dans le cadre de la réforme du financement hospitalier, elle devient en 2006 directrice adjointe des finances et de la stratégie au sein du groupe Caisse des dépôts. Début 2009, elle rejoint le FSI (Fond Stratégique d’Investissements) comme membre du comité exécutif. En 2011, elle prendra la direction d’une division clients chez l’équipementier automobile Faurecia Interior Systems en charge des relations commerciales et de la R&D avec GM Europe, Volvo et Jaguar Land Rover. C’est en 2013 qu’elle rejoint la Compagnie des Alpes au poste de directrice générale déléguée.

 

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