Crédit Agricole des Savoie

Alpipro & Digital Montagne

Mercredi 19 Juin 2019

Contributions au tourisme de demain

Au fil des éditions — la cinquième se tenait les 25 et 26 avril à Chambéry — Alpipro a élargi son spectre de la station, et son aménagement, au tourisme de montagne, et son marketing, avec le client pour élément rassembleur. Toujours loué pour son format, le rendez-vous de fin de saison s’est approprié trois halls d’exposition au sein de Savoiexpo. Un nouvel espace qui a permis de juxtaposer aux habituels fournisseurs hardware de la montagne les entreprises d’une filière digitale qui souhaitent, par leurs technologies ou leurs services, contribuer à l’expérience client. Sans ambitionner de révolutionner la qualité de ce parcours, leur apport çà et là pourrait effacer quelques points noirs qui peuvent jalonner un séjour touristique. Avec trois thématiques en deux journées - la gouvernance, le renouveau de la clientèle et l’innovation en station - les Assises offraient un programme intense. De quoi alimenter les réflexions dans l’optique de repenser l’offre touristique en montagne de demain, avec le ski et autour du ski.

Mountain Next, les assises nationales des stations de ski et du tourisme en montagne

Un mot d’ordre : « Travailler ensemble »

« Les grand enjeux de demain pour les stations de ski », tel était le thème retenu cette année pour Mountain Next. Pour lancer les débats, Charles-Ange Ginésy, le président de l’ANMSM, a souligné que nous vivions dans « un monde qui change » et « qui va très vite ». « Il y a des moments forts qu’il va falloir saisir », a-t-il averti, préconisant « toujours plus d’échanges entre les partenaires ». Alexandre Maulin, le président de DSF, a enfoncé le clou sur la nécessité, pour les acteurs de la montagne, de « travailler ensemble » pour « relever les nombreux défis » auxquels ils doivent faire face. C’était une parfaite introduction pour les deux premières tables rondes, consacrées à la gouvernance des stations.

Xavier Dullin, Vincent Rolland, Franck Lombard, Émilie Bonnivard, André Plaisance, Alexandre Maulin, Charles-Ange Ginésy et Jean-Luc Boch.

Invité à ouvrir la première table ronde sur les enjeux et prospectives de la gouvernance des stations de montagne, André Plaisance, le maire des Belleville, a mis en garde l’assistance : « L’Autriche, les Dolomites, avancent plus vite que nous. Avant, ils venaient voir comment nous faisions ; maintenant, c’est nous qui allons chercher des idées chez eux. On est en train de prendre du retard. » Mais il s’est voulu constructif en affirmant que le système français des DSP n’était pas un obstacle insurmontable pour « avancer dans le domaine de la neige de culture et des remontées mécaniques », et il a vanté l’organisation mise en place dans sa commune entre la mairie et les trois stations de ski (Les Menuires, Val Thorens et Saint-Martin-de-Belleville). « On a du plaisir à travailler ensemble », a-t-il affirmé. De son point de vue, cependant, « beaucoup de choses partent du maire », et Charles-Ange Ginésy, qui préside l’Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM), en a profité pour plaider, devant les députés présents, la nécessité de « redonner aux maires la possibilité de gouverner leur commune ». On était loin, cependant, de la fronde qui s’était levée lors d’un débat un peu similaire au dernier congrès de Domaines skiables de France (voir Montagne Leaders n°270 p.71). La loi NOTRe a bien été visée directement ou indirectement par des remarques d’Alexandre Maulin et de la députée Émilie Bonnivard, mais le député Vincent Rolland a noté que cette loi « devrait être revisitée cette année ». Et certains lui ont même trouvé quelques vertus, comme Xavier Dullin, le président du Grand Chambéry. En présence de Cyril Laily, directeur de Grand Chambéry Alpes Tourisme, il a présenté comme très positive pour les stations concernées la création du Syndicat mixte du Massif des Bauges, précisant que cela avait convaincu le Département et la Région de s’impliquer financièrement dans l’opération. Franck Lombard, vice-président du conseil départemental de Savoie, a d’ailleurs avoué : « Nous avions voté contre le rattachement des Bauges à Chambéry, mais je dois reconnaître que, sans la loi NOTRe, nous n’aurions pas fait ce travail remarquable. »

Eau, transport : des défis concrets
Là où des problèmes risquent de se poser, c’est pour la gestion de l’eau lorsque le réseau alimente à la fois l’enneigement de culture et la consommation d’eau potable. La loi prévoit un transfert des compétences à l’intercommunalité au 1er janvier 2020, mais avec un report possible à 2026, ce qui éloigne le danger pour l’instant. « Laissons le choix aux communes ! », a lancé André Plaisance.
Faciliter l’accès aux stations est un autre sujet qui ne semble pas pouvoir être résolu sans une parfaite coordination entre tous les acteurs. En tant que président de Savoie-Mont-Blanc Tourisme, Vincent Rolland remarque qu’il est très difficile d’étaler les arrivées car les séjours du dimanche au dimanche, par exemple, ne fonctionnent pas bien. Il note cependant que se développent, de plus en plus, des offres du jeudi au dimanche et du dimanche au jeudi. Il faudrait peut-être un électrochoc pour pousser les acteurs du tourisme à la coordination et la collaboration. « Il a fallu les JO d’Albertville pour améliorer nos accès », a rappelé Franck Lombard. Mais « cela marche encore trop bien en fonctionnant de manière individualiste », déplore Xavier Dullin. Pourtant, « on ne peut pas construire tout seul dans son coin », a insisté Vincent Rolland. Et Jean-Luc Boch, le président de France Montagnes, de renchérir : « Il faut travailler ensemble. » Il a notamment engagé tous les acteurs de la montagne à partager leurs données numériques, pour le bénéfice de tous, plutôt que de les garder jalousement pour eux-mêmes.

Retours d’expériences
Une deuxième table ronde a permis de mettre en lumière des exemples de « gouvernance partagée », avec l’objectif avoué qu’ils puissent se montrer inspirants. En préambule, le consultant suisse Yvan Aymon (Ertenz Conseil) a expliqué comment le Valais avait su s’appuyer sur les entreprises du territoire pour promouvoir son image de marque. Aujourd’hui, la gouvernance de l’organe de promotion y est totalement privée. Selon lui, chaque entreprise labellisée doit être une ambassadrice du territoire ; mais « la satisfaction du client n’est pas le but ultime, c’est le moyen d’apporter du bénéfice à la communauté ».
Bruno Gabet, longtemps président des hôteliers de Val Thorens et aujourd’hui président de l’office de tourisme, illustre bien cette tendance. Il a raconté comment le « repositionnement de la station », en 2010, avait permis de « mettre tout le monde autour de la table ». Mais il n’a pas caché qu’il avait fallu « deux ans pour expliquer la démarche » et que des piqûres de rappel étaient encore nécessaires de temps à autre.
« L’intérêt du client permet de recentrer les débats lorsque les gens ont tendance à se replier sur leurs intérêts particuliers », a appuyé Jean Regaldo, le directeur général de la société d’exploitation du domaine skiable de La Rosière. Là-bas, comme l’a expliqué le directeur de l’office de tourisme Jérémie Silva :
« Pour un euro mis sur la table par le domaine skiable, l’OT met un euro ; et inversement. Nous avons la chance d’avoir un maire qui nous fait confiance et qui comprend que le tourisme c’est un métier. »
À en croire plusieurs déclarations, ce n’est pas le cas partout.
« Depuis quelque temps, on a pu constater une volonté de reprise en main politique des offices de tourisme », constate Didier Joseph, le directeur de l’OT de Saint-Gervais. « Les EPIC et les régies remplacent les associations. » Chez lui, cependant, tout va bien. Alexandre Merlin, qui dirige les remontées mécaniques, l’a confirmé : « On travaille ensemble en mode projet.
Le premier a été de partager notre data. »

Étendre la concertation
Didier Joseph a ajouté, comme pour convaincre les derniers sceptiques, que « travailler ensemble est bon aussi pour l’image de la station à l’extérieur ». Mais tant Philippe Lebrasseur, directeur du bureau d’études Manie Lives, que Vincent Lalanne, directeur de l’OT de Val Thorens, ont convenu qu’il fallait « changer la culture des acteurs », « (les) faire évoluer individuellement ». Au demeurant, la stratégie de développement touristique d’une station ne se heurte pas qu’à l’individualisme de certains acteurs, elle peut être contestée par les habitants eux-mêmes. « On voit parfois un rejet du tourisme », observe Didier Joseph. « Des listes municipales se montent contre des projets touristiques. » Jean Regaldo a apporté son propre témoignage : « À La Rosière, on rencontre des oppositions contre le projet du Club Med, de la part de certains propriétaires mais même de salariés des remontées mécaniques. »
Le dialogue et la concertation semblent donc plus nécessaires que jamais, en en étendant le cercle pour bien prendre en compte les intérêts de toutes les parties concernées. Yvan Aymon a donné à méditer l’exemple d’une tribu indienne du Canada : là-bas, on ne prend pas de décision sans réfléchir aux conséquences dans sept générations ! 

Yves Baunez

Retrouvez le dossier intégral dans l'édition N°273 de Montagne Leaders

 

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Mercredi 23 Octobre 2019

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