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Câble urbain. Brest : la révolution est en marche

Lundi 18 Mai 2015

Brest a ouvert la voie au transport par câble urbain en France et pourra très bientôt compter sur un téléphérique urbain permettant de relier, par la voie aérienne, les deux rives de la Penfeld et ce dès l’été 2016.

Câble urbain. Brest : la révolution est en marche

C’est une première, une grande première puisque la France était l’un des seuls pays à ne pas avoir encore cru dans ce mode de transport économique, écologique qui, comme vous le savez, n’offre que des avantages dès lors qu’il est nécessaire de s’affranchir d’un obstacle, naturel, artificiel ou de franchir un dénivelé. Nous vous avons déjà présenté le contexte de ce projet dans le dernier numéro de Montagne Leaders, place aujourd’hui à un volet plus technique sur l’appareil en lui-même et autant dire qu’il y a des choses à dire tant BMF et leurs partenaires ont fait preuve d’ingéniosité et d’innovations. Car si BMF va révolutionner le paysage de Brest, il va quelque peu révolutionner le monde du transport par câble avec la création d’un nouveau type d’appareil : le SDMC.

 

Le SDMC, une première mondiale

Pour séduire les décideurs brestois et remporter l’appel d’offre du premier appareil de transport par câble urbain français, BMF a misé sur l’innovation et a proposé un nouveau type d’appareil : le SDMC, comprenez le Saut De Mouton à Câble. Si dans un premier temps cette appellation peut faire sourire, quelques explications vont vite vous convaincre du bien-fondé de cette dénomination. Emprunté au vocabulaire ferroviaire, un saut de mouton fait référence à un dispositif constitué d’un pont ou d’un court tunnel permettant à une voie ferrée d’en croiser une autre en passant par dessus ou par dessous sans empêcher la circulation des trains. Appliqué aux remontées mécaniques, le saut de mouton à câble signifie que les cabines ne se croisent pas l’une à côté de l’autre mais l’une au-dessus de l’autre. Ajouté ce concept à un mix de Funitel et de téléphérique bi-câble et vous obtenez le SDMC !
Si l’idée est venue de Gières, lieu d’implantation de BMF France, le concours du siège basé à Flums en Suisse a été indispensable pour la concrétiser. Car si ce projet a tout de suite séduit, les contraintes liées à ce nouvel appareil ont été nombreuses. En premier lieu, la différence de longueur entre les deux lignes. Car oui, si les véhicules se croisent l’un au dessus de l’autre, cela signifie que les deux lignes n’ont pas la même longueur. Celle située en contrebas est forcément plus courte que l’autre. On parle ici d’une différence de longueur de l’ordre de trois mètres qu’il a bien entendu fallu compenser. Pour ce faire, un système de compensation de longueur a donc été mis au point par BMF. En l’occurrence, les poulies retour seront montées sur un châssis qui se déplacera sur une longueur de 1,5 mètres permettant ainsi que les deux lignes soient virtuellement de la même longueur.
L’installation sera en outre composée de quatre câbles porteurs d’un diamètre de 50 mm et de deux boucles de câble tracteur d’un diamètre de 25 mm. Du classique, ou presque puisque les câbles devront répondre à des caractéristiques techniques contraignantes puisqu’ils devront prendre en compte l’environnement salin et corrosif de Brest. Les câbles porteurs seront en tension fixe et les câbles tracteurs seront en tension régulée sur contrepoids - deux contrepoids de 16 tonnes puisque deux boucles de câble. Côté motorisation, l’appareil fonctionnera grâce à deux moteurs d’environ 250 kW chacun qui seront bien évidemment redondants. Le SDMC bénéficiera également de la récupération intégrée, complètement indépendante de la motorisation principale, y compris au niveau de son lieu d’implantation puisqu’installée sur d’autres poulies, ce qui permettra de ramener les véhicules en gare en cas d’anomalies ou de défaillances mécaniques.

Câble urbain Brest

Au paroxysme de l’éco-conception

En étroite collaboration avec Seirel Automatismes, BMF travaille, spécifiquement pour le SDMC de Brest, sur un système innovant de récupération d’énergie. Le but ? Emmagasiner de l’énergie quand les cabines sont en phase descendante pour la restituer en phase montante. Plutôt que de freiner les véhicules et de dissiper l’énergie, l’idée est de stocker cette énergie via un système mécanique de super capacité. Si des applications et des recherches universitaires ont déjà vu le jour sur cette thématique, il s’agira d’une grande première en matière de transport par câble. La problématique est complexe car il faut stocker beaucoup d’énergie sur peu de temps pour la restituer dès le prochain cycle de départ. Véritable projet dans le projet, ce nouveau système est au cœur de toutes les attentions et marquera un nouveau pas dans l’éco-conception des remontées mécaniques : des appareils encore moins énergivores, c’est dire !
Côté conception, BMF a également pensé maintenance de l’appareil, et cela dès les premiers coups de crayon. Aujourd’hui, l’appareil est prévu pour être exploité par l’opérateur privé Kéolis 358 jours par an, sur une amplitude horaire de 18 heures – de 6 h à 24 h – 7 jours / 7. Cette importante disponibilité a occasionné de nombreuses contraintes en terme de maintenance puisqu’il a fallu prévoir de pouvoir réaliser la majeure partie des opérations de nuit, durant les 6 heures où l’appareil n’est pas exploité. La base était bien entendu de prévoir un accès facile à toute la machinerie et d’intégrer des luminaires dans toutes les zones sensibles mais l’innovation ne réside pas là. En 6 heures, il est impensable de réaliser la maintenance complète d’une poulie par exemple. Dès lors, BMF a réfléchi en terme de bloc. Le grand principe qui a déterminé la ligne de conduite de BMF a été de standardiser au maximum la conception en bloc afin que les éléments puissent être facilement interchangeables. De cette manière, un bloc peut être remplacé par un autre durant la nuit et faire l’objet d’une maintenance approfondie la journée, sans interférer sur l’exploitation de l’appareil. Si la machinerie a fait l’objet de telles attentions, il en va de même pour les cabines puisqu’un espace dédié à leur maintenance a été prévu. C’est sous la gare motrice qu’a été aménagé cet espace de stockage spécifique. Il suffit donc de démonter et de descendre la cabine dans cette zone pour y faire la maintenance sans perturber le bon fonctionnement de l’appareil.

Câble urbain Brest

Design : entre modernité et style industriel

Que dire de plus si ce n’est que les cabines du SDMC, bien évidemment signées Gangloff Cabins, auront une capacité de 60 personnes et seront spécifiques à l’installation de Brest. Question aménagement intérieur, le bois maritime sera le matériau privilégié et un hublot prendra place sur le plancher. A noter également la présence de vidéosurveillance dans l’ensemble des véhicules, tout comme un système d’interphonie et d’information à destination des voyageurs. Même si c’est une évidence, il est bon de le rappeler : le SDMC sera accessible à 100 % aux PMR. La ligne sera composée de deux gares et d’un seul pylône d’une hauteur de 80 mètres. Pourquoi une telle hauteur ? Tout simplement car il était nécessaire de conserver un tirant d’air important permettant aux bateaux d’accéder ou de sortir des chantiers navals et des zones d’entretien en cale sèche situés sous l’appareil. Outre la hauteur de l’édifice, construit par Bouygues Construction puis équipé par BMF, c’est son implantation qui est délicate. Car si la géologie du site réserve quelques « surprises » aux entreprises de génie civil, c’est l’implantation de l’imposant pylône juste au bord du fleuve mais au sein d’une zone militaire qui entraine des contraintes. Comme bien d’autres éléments, le pylône bénéficiera d’un traitement particulier, anticorrosion, afin de prendre en compte l’univers salin du site.
Côté design, l’accent a été mis sur la lumière, la clarté comme en témoigne les deux gares, surtout celle située côté centre ville, rue de SIAM, où il sera d’ailleurs possible d’observer certains éléments de la machinerie. Pour le pylône, dessiné par un designer local, c’est le côté industriel qui a été mis en avant afin qu’il s’intègre au mieux dans l’univers très industriel du site. Un pylône treillis entouré de grues treillis, ça n’a rien d’illogique, bien au contraire.
A Brest, BMF signera une installation d’exception, innovante à plus d’un titre et, surtout, le premier transport par câble urbain en France, en somme une belle, une très belle carte de visite même si le groupe n’en est pas à son coup d’essai.

 

© Photos BMF

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