Installateur de remontées mécaniques : de l’ombre à la lumière

Mercredi 27 Avril 2016

S’improvise-t-on boulanger, pâtissier ou avocat ? S’invente-t-on médecin ou chirurgien ? Cela va de soit, un métier s’apprend et s’enrichit avec l’expérience, que ce soit avec les années ou les cas particuliers rencontrés. Chaque métier a sa, ou plutôt, ses spécificités. Et installateur de remontées mécaniques ne déroge pas à la règle, lui qui peut et doit intervenir sur tous les types de remontées mécaniques, lui qui doit bien souvent faire preuve d’adaptabilité pour mener à bien à sa mission, lui qui doit maîtriser bon nombre de compétences et de connaissances. Topographie, béton, câbles, manutention, conduite et entretien de remontées mécaniques sont autant d’éléments et de savoir-faire qu’il doit posséder, qu’il doit maîtriser.

© Montagne Leaders

Le 3 juillet 2009, c’était désormais officiel. Une petite « Prise de la Bastille » pour les entreprises d’installation de remontées mécaniques. Les installateurs de remontées mécaniques étaient enfin reconnus en tant que tel, au travers de la conclusion d’un accord interdépartemental annexé à la convention collective du BTP. Mais, il faut le reconnaître, et c’est désormais reconnu, le terme « monteur », si usuellement utilisé, est réducteur. Un monteur ne fait-il que monter (comprenez exercer une activité de montage) ? Bien évidemment que non puisque leur activité consiste, comme le stipule l’accord signé, « à implanter, profiler, exécuter les socles en béton des massifs des pylônes de gare de départ et d’arrivée, construire lesdites gare, accès et couverture ; puis monter les structures portantes principales et secondaires, tirer et poser les câbles, fixer les nacelles jusqu’à réception par l’organisme de contrôle avant mise en route et ouverture au public. Au-delà de l’installation initiale, cette activité concerne également les grandes inspections périodiques obligatoires et la maintenance des installations. L’activité de ces entreprises comprend par ailleurs des spécialités particulières, telles que l’implantation d’enneigeurs, de catex, gazex, paravalanches, lignes électriques ou antennes de services ». Vous l’aurez compris, être installateur de remontées mécaniques ne s’improvise pas, il s’agit d’un véritable métier, d’une véritable profession qui devait être valorisée, reconnue, mise en avant au travers d’une convention collective. Mais, cette dernière ne s’est, à l’image de Rome, pas faite en un jour.
Retour sur les différents évènements qui ont conduit l’ensemble d’une profession à se fédérer pour se faire entendre et reconnaître.

Une première étape décisive

© Montagne LeadersSi les entreprises de montage se réunissaient une fois par an à l’occasion d’un déjeuner leur permettant de faire le point sur leur activité et leur profession, décision a été prise de se fédérer autour d’une association en 2001 : l’association des Installateurs de Remontées Mécaniques Associés ou IRMA était née. Fallait-il voir dans cette dénomination un signe, fallait-il comprendre que cette association loi 1901 allait présager de son avenir ? Si la première problématique étudiée par l’association concernait les assurances, elle a rapidement laissé place à un autre questionnement orienté autour de la convention collective, document indispensable à une profession. Les raisons ? Chaque entreprise ou presque avait la sienne, avait adhéré à une convention qui certes n’était pas propre à son métier, à ses spécificités, mais qui en englobait certains.
Sous l’impulsion de Patrick Pasini (Comag) et de Jean-Pierre Philippe (Joly&Philippe), un juriste a été sollicité afin qu’il réalise une étude sur les deux conventions collectives dominantes, BTP et Métallurgie, et rédige un texte propre aux entreprises d’installation de remontées mécaniques. La question d’adhérer à la convention collective nationale des remontées mécaniques et domaines skiables portée par Domaines Skiables de France s’était posée mais, elle ne pouvait être applicable en l’état car n’intégrant pas les différentes problématiques liées aux chantiers, cœur de métier des adhérents d’IRMA. Le juriste sollicité a donc planché et a proposé un texte qui sera ensuite porté à Paris, au ministère du Travail pour le faire entériner. Le représentant du ministère qui les reçoit douche les certitudes et les espoirs d’IRMA : impossible d’envisager la consécration du texte envisagé.
Décision est alors prise de se rapprocher de la fédération du BTP, de réaliser un accord interdépartemental intégrant les spécificités du métier d’installateur de remontées mécaniques et de l’annexer à la convention collective du BTP.

Quand IRMA perd son « A »

Le 1er janvier 2006, les professionnels du montage se sont rassemblés au sein d’une section IRM, dépendant de la fédération du BTP Savoie, présidée par Gilbert Naccarato, président de Comag.  Unique en France, cette section professionnelle venait combler un vide car qui de mieux que des monteurs pour défendre les droits de la profession et anticiper des situations propres à leur secteur ? Toutes les réunions ont dorénavant le même but : parvenir à la rédaction d’un accord collectif  interdépartemental annexé à la convention collective du BTP. Accord qui interviendra le 23 décembre 2009 et qui sera publié au Journal Officiel le 1er janvier 2010. Une véritable victoire, une véritable consécration, une véritable officialisation : installateur de remontées mécaniques est dorénavant un véritable métier, reconnu et valorisé à sa juste cause. Car oui, les avancées étaient nombreuses et sont désormais gravées dans le marbre : temps d’accès au chantier, indemnisation du temps d’accès au chantier, contrat de travail à durée indéterminée intermittent, contrat de travail saisonnier sont autant de particularités désormais consacrées. A noter que dans le BTP, le contrat saisonnier n’existe pas, il s’agit d’une véritable singularité, à l’image du CDI intermittent : une sécurisation du parcours saisonnier, un levier fondamental pour conserver l’emploi en montagne.

Si depuis le 1er janvier 2006 IRMA a perdu son « A », la section IRM n’a pas perdu son esprit d’entreprendre, d’aller de l’avant, son envie de changer le futur, de l’imaginer et de s’y inscrire pleinement.

© Montagne Leaders

Uniformiser les pratiques, sécuriser les compétences des salariés

N’allez pas croire que la signature d’un accord collectif  interdépartemental annexé à la convention collective du BTP était la consécration pour la section IRM. Car dès sa mise en application, les membres de la section se sont tournées vers de nouvelles problématiques. La sécurité bien évidemment, afin de partager les bonnes pratiques mais surtout la mise en œuvre d’un véritable parcours professionnel visant à unifier et à professionnaliser encore plus le métier d’IRM. Pourquoi un tel parcours ? Tout simplement car chacun a le droit d’être reconnu pour son travail, pour ses compétences, pour son expertise. La problématique était simple. Quand un salarié quittait une entreprise de montage pour une autre, ou intégrait pour la première fois une société spécialisée, comment savoir, connaître et évaluer ses compétences ? En mettant en place un tel référentiel, le salarié n’est plus captif de l’entreprise, ce dernier connaît avec exactitude l’étendue de ses compétences et connaissances. La majorité des membres de la section IRM a donc décidé de mettre en place le même référentiel au sein de son entreprise, la même grille de lecture, afin de consolider l’expérience de ses salariés et de viser l’excellence. Car si tout est fait pour valoriser le salarié, l’entreprise est également bénéficiaire d’un tel référentiel : elle connaît avec exactitude l’étendue de ses atouts et de ses manques. Aujourd’hui, les compétences des salariés sont valorisées, ils peuvent se projeter vers l’avenir en connaissant leurs points forts et les points à améliorer et se voient proposer un plan de suivi et de formation spécifique qui est mis en place.

Cet outil permet indéniablement de fidéliser le salarié car il se sent, et à juste cause, reconnu et valorisé. Il sait vers quoi il doit tendre pour progresser, il connaît avec exactitude ses aptitudes. Le métier d’IRM est un domaine très pointu grâce à des compétences très pointues. Le référentiel mis en place va dans le sens de la reconnaissance de ces compétences.
Mais, laissons la parole à Gilbert Naccarato, président de la section IRM et à René Chevalier, président de la fédération du BTP Savoie. Car si nous avons présenté succinctement l’histoire et l’évolution du métier de monteur, ce sont bien eux qui ont permis à cette profession de passer de l’ombre à la lumière.

 

La suite dans le numéro 254 spécial Mountain Planet

 

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