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Interview : Benjamin Blanc - Président de l'ADSP

Vendredi 10 Février 2017

Ancien directeur de la station du Mont Ventoux dont il gérait toutes les facettes, Benjamin Blanc est aujourd’hui directeur de la régie des pistes de la vallée des Belleville en charge des domaines de Val Thorens, des Ménuires et de Saint-Martin de Belleville. Adhérent de l’ADSP depuis 2002, membre du bureau depuis 2005 et élu président de l’Association Nationale des Directeurs de Pistes et de la Sécurité des Stations de sports d’hiver depuis 2008 à l’occasion de l’assemblée générale qui s’est tenue à Malaucène dans le Vaucluse, Benjamin Blanc revient pour Montagne Leaders sur l’actualité de l’ADSP, son rôle, ses différentes missions, ses nombreux chantiers et son avenir.

MONTAGNE LEADERS : Pouvez-vous succinctement nous présenter l’Association nationale des directeurs de pistes et de la sécurité des stations de sports d’hiver, plus communément appelée ADSP ?
BENJAMIN BLANC :
L’ADSP est une association loi 1901 créée il y a maintenant quarante ans, regroupant quasiment la totalité des directeurs de service des pistes de France et de la Principauté d’Andorre. Aujourd’hui, l’association compte environ 145 adhérents et est composée d’un bureau, d’un comité directeur et de différentes commissions en lien avec nos missions.

ML : Pourquoi  l’ADSP regroupe t-elle les directeurs de service des pistes andorrans ?
BB :
Le fait que les directeurs de service des pistes andorrans soient adhérents de l’ADSP est historique. A la création de l’ADSP, les pisteurs andorrans étaient dans le circuit des formations dédiées aux pisteurs pyrénéens, nous avons donc logiquement ouvert l’ADSP aux directeurs du service des pistes de la Principauté.
C’est d’ailleurs une ouverture vers d’autres pratiques, vers une autre culture puisque la législation est différente en Andorre.

ML : Comment a été créé l’ADSP ?
BB :
A l’époque, seuls le SNTF et l’Association nationale des pisteurs secouristes existaient, et les directeurs de service des pistes ne se reconnaissaient ni dans l’un ni dans l’autre car le première est le syndicat des opérateurs de remontées mécaniques donc très axé vers les remontées mécaniques, et l’autre dédié aux pisteurs qui sont les salariés des directeurs de service des pistes. Il existait des problématiques propres aux directeurs et une véritable volonté de créer une association leur étant dédiée est rapidement née. Nous nous sommes très vite intéressés aux formations, car il y avait un vrai besoin et car il semblait normal que la formation soit réalisée par les directeurs du service des pistes ou les chefs de services d’ailleurs, et non par les pisteurs. Au départ, l’ADSP comptait dix ou quinze stations pilotes et rapidement l’association est montée en puissance et a compté de nombreux adhérents.

ML : Où se situe l’ADSP dans le mille-feuilles des associations, instances et institutions relatives à la montagne et à la neige ?
BB :
Je suis persuadé que l’ADSP est une association qui a du sens dans la profession. Que nous ayons notre propre identité est important. C’est tout autant primordial que nous soyons fédérés pour faire évoluer nos métiers. Nous avons véritablement notre carte à jouer dans le tissu économique d’une station ainsi que dans le tissu associatif en montagne. Il faut que nous nous positionnions comme un leader dans ce domaine.

ML : Quel est aujourd’hui le rôle d’un directeur de service des pistes ?
BB :
Concrètement, le directeur de service des pistes est le garant du process pistes, donc de la descente, de la neige de culture, du damage, de la prévention, de la sécurité et bien évidemment du secours.

ML : Le directeur du service des pistes intervient également dans les domaines du damage et de la neige de culture ?
BB :
Oui, car pour moi, ce sont des services qui doivent fonctionner ensemble. Je sais qu’il y a des stations qui ne sont pas organisées sur ce modèle et qui fonctionnent très bien. Mais malgré tout, je pense à titre personnel que la neige de culture et le service damage doivent être sous l’autorité du directeur du service des pistes ou d’un chef de service des pistes, peu importe l’appellation. Je n’ai d’ailleurs et à ce propos aucune difficulté à parler d’un directeur de service des pistes ou d’un chef de service. Tout dépend de la taille des stations, de l’organisation des stations. En gros, c’est le titulaire de l’agrément du maire.
La neige et le damage sont deux services qui ne doivent, à mon avis, pas être dissociés, car ce sont deux postes très importants et très coûteux. Que ce soit managé par une seule personne, cela a du sens. Les premiers jours de production surtout, il est indispensable qu’il y ait une vision globale notamment pour les choix des zones à enneiger et à damer, pour qu’il y ait un retour sur les épaisseurs de neige. Je trouve que c’est important. Le rôle d’un directeur de service des pistes est d’être le chef d’orchestre de ces services. Il met en scène tout ce petit monde avec comme objectif la satisfaction du client. On a d’ailleurs trop oublié à mon sens, cette notion. On a peur de parler de l’aspect économique et de la satisfaction du client dans le monde des pistes. Moi, je n’ai aucun tabou là-dessus, au contraire. Je pousserais volontiers à parler marketing aux pisteurs. Il faut les sensibiliser sur le fait que nous sommes dans un secteur concurrentiel, dans un marché mature. Que toutes nos actions et attentions auprès de la clientèle sont un véritable plus pour la station. C’est un message très important que nous devons faire passer.

ML : N’est-ce pas difficile de faire passer ce message ? Trouvez-vous un écho auprès des différents pisteurs-secouristes ?
BB :
Il y a bientôt vingt ans, quand j’ai passé le brevet de pisteur-secouriste, ma principale motivation c’était le secours et la prévention d’avalanche. D’aller conseiller le client ou l’avertir d’un comportement dangereux, ce n’était pas mon attrait premier, il faut dire ce qui est. Nous avons tous fait ce métier pour l’amour pour de la neige et le secours.
Il faut qu’on se mette dans la tête que nous sommes une pièce maîtresse pour la satisfaction du client et dans le choix de la destination. C’est très important.
Aujourd’hui, les clients veulent même savoir comment est organisée une station, ils veulent voir l’envers du décor et le fonctionnement d’un service des pistes par exemple. Il faut donc les satisfaire.

ML :On constate que le domaine skiable évolue, que le ludique s’invite de plus en plus sur les pistes. Comment percevez-vous cette tendance ?
BB :
Je vois le développement de cette tendance d’un très bon œil. Car c’est une évolution à la demande des clients. Il faut qu’on le fasse mais pas n’importe comment. Il faut que ces espaces soient sécurisés et en adéquation avec l’environnement. Quand bien même un snowpark ou un espace ludique serait délégué à un prestataire, le directeur du service des pistes est en charge de la sécurité de ces espaces. Il peut passer une convention avec le prestataire stipulant et faisant référence aux différentes normes en la matière, puis procéder à des contrôles réguliers de ces espaces. Une personne du service des pistes peut être amenée à ouvrir et fermer ces espaces tous les jours et s’occuper de la sécurité et de la prévention.
Par contre, il faut que ces espaces soient en parfaite adéquation avec les normes en vigueur, qu’ils soient faciles d’entretien pour que les heures de damage ne soient pas doublées car il y a un modèle économique à respecter.

ML : Alors que le métier de directeur de service des pistes est primordial et nécessite de nombreuses aptitudes, il n’est pas reconnu par un diplôme. Comment expliquez-vous cette « anomalie » ?
BB :
Je ne m’explique pas qu’il n’y ait pas de formation ou de diplôme consacrant notre profession. C’est pour cela que nous avons fait le choix, cette année, de prendre les devants. Nous en avons parlé avec Domaines Skiables de France.
Nous allons donc travailler sur le contenu. Pour ce faire, nous comptons dans un premier temps écouter et échanger avec des directeurs généraux de stations, des directeurs de service des pistes et des administratifs dans les préfectures qui encadrent cette profession. Ensuite, nous compilerons toutes ces informations et déterminerons quels sont les missions et les rôles d’un directeur de service des pistes.

ML : Qui dit diplôme dit bien souvent études. Les actuels directeurs devront-ils reprendre le chemin de l’école ?
BB :
Non. Il n’est évidemment pas question de demander aux directeurs en place de retourner sur les bancs de la fac. Il y aura une validation des acquis. L’objectif est de faire évoluer une profession qui le mérite et qui se trouve face à un monde qui bouge.

ML : Même si les discussions entre les différents acteurs n’ont pas encore débuté, vous devez bien avoir une idée du futur contenu de cette formation diplômante ?
BB :
Oui bien sûr. Prenons l’exemple de la période estivale. L’été, les travaux de pistes sont encadrés par de nombreux règlements, les dossiers sont complexes à monter auprès des services de l’Etat. Il faut en maîtriser tous les aspects, donc il est nécessaire de se former. Il y a également la loi sur l’eau, la loi Montagne, et l’évolution des textes fait que l’ont doit être au fait de tout cela. Un directeur de service des pistes est un technicien, mais il doit également avoir de fortes compétences en matière administrative et juridique.
A mon sens, nous avons formé, avec les pisteurs de premier, second et troisième degrés, de très bons techniciens, mais nous avons peut-être négligé une notion : le management. Il y a trente ans, les grands services des pistes étaient composés de quelques dizaines de personnes. Aujourd’hui, on se retrouve avec beaucoup plus de personnes à gérer et à manager.
L’évolution du nombre de pisteurs est due à l’augmentation du nombre de pistes sur les domaines, les stations ont évolué et les métiers aussi. Est-ce qu’on leur a apporté des formations pour répondre à cela ? Non. Le troisième degré est un diplôme extrêmement intéressant et la formation est de qualité mais elle ne répond pas, à mon sens, à un directeur de service des pistes d’une station moyenne ou importante. Il faut donc évoluer, et cela passe par une formation diplômante.

ML : Combien de temps vont durer les différentes phases conduisant à la mise en place de cette formation ?
BB :
Pas des années…je l’espère car l’évolution des stations va plus vite qu’avant donc il faut qu’on se mette rapidement au diapason. Il faut se donner deux ans. Je crois beaucoup à la valorisation des acquis. Je ne suis pas un spécialiste de la formation mais je sais ce qu’il ne faut pas faire ! Et il ne faut pas rester sans rien faire !

Photos : ©M.Beriot

Retrouvez l'interview complète dans le numéro 258 de Montagne Leaders en kiosque, par abonnement ou en commandant en ligne le dernier numéro.

 

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