Interview : Erich Gummerer, Directeur général de TechnoAlpin

Mardi 28 Avril 2015

Interview

Montagne Leaders > Pouvez-vous nous donner des informations sur votre parcours professionnel avant de devenir le Directeur Général de TechnoAlpin ?

Erich Gummerer - Directeur général de TechnoAlpinErich Gummerer > J’ai passé mon baccalauréat, et intégré une école de commerce et ai ensuite travaillé dans les services commerciaux de différentes entreprises. D’une part pour des systèmes hydrauliques, et d’autre part pour des matériels de dentisterie. À la fin des années 1980, Georg Eisath et Walter Rieder, que je connaissais depuis longtemps, sont venus me voir, et m’ont proposé de devenir leur partenaire pour créer une nouvelle entreprise. Nous avons réfléchi à un concept et sur la manière de créer cette entreprise afin de pouvoir réussir sur un tel marché de niches. Nous avions déjà bien compris que nous devions être présents à l’international afin de pouvoir durer. Nous avons ainsi créé ensemble TechnoAlpin en 1990. Nous avons choisi ce nom en raison de cette orientation internationale.

 

ML > Quels sont les chiffres importants concernant l’activité du groupe TechnoAlpin ?

EG > Sur l’exercice en cours, TechnoAlpin a enregistré un chiffre d’affaires d’environ 130 millions d’euros. Nous engageons chaque année des investissements importants dans la recherche et le développement afin de maintenir notre position dominante. Ils s’élèvent actuellement à environ 3,2 millions d’euros. Nous employons en permanence 350 collaborateurs dans le monde. Ils ont pour mission de satisfaire nos 1 800 clients dans 48 pays à l’échelle mondiale. Nous comptons désormais 32 filiales et partenaires commerciaux, et sommes ainsi représentés sur tous les marchés importants.

 

ML > Quelle est la situation actuelle du groupe TechnoAlpin parmi le paysage concurrentiel du marché de la production de neige ?

EG > Les chiffres que je vous ai cités font de nous les leaders mondiaux de l’enneigement. Nous sommes à la fois les leaders en matière de vente, mais aussi et surtout les leaders technologiques du secteur. Depuis des années, nous définissons les standards, tant en matière d’enneigeurs qu’au niveau des logiciels. Notre savoir-faire pour la planification d’installations est tout aussi important. Pour chaque projet, nous développons un plan directeur détaillé afin de réaliser l’installation de manière efficace et prévoyante.
Nous sommes par ailleurs particulièrement fiers des retours positifs concernant notre service.

 

ML > Aujourd’hui, comment peut-on décrire les différents grands marchés mondiaux de la production de neige ? (Europe, Asie, Amériques)

Erich Gummerer - Directeur général de TechnoAlpinEG > Les marchés sont très différents. C’est l’un des grands défis de notre activité : il faut proposer les offres adaptées à chaque marché.
Le marché européen est relativement stable depuis des années. Les grandes installations sont déjà construites, mais il faut toujours remplacer d’anciennes installations par de nouvelles, plus efficaces, ou équiper de nouvelles zones afin d’augmenter le nombre de pistes enneigées. Les stations de ski européennes savent qu’un système d’enneigement efficace constitue la base de leur création de valeur. Seul un système d’enneigement peut garantir une saison prévisible. Des systèmes automatiques mixtes, associant ventilateurs et lances représente le standard de la technologie. Ils sont efficaces et offrent une grande qualité de neige.
Les divers marchés asiatiques sont également très différents les uns des autres. Alors que la plupart des nouvelles stations de ski s’équipent d’installations modernes et automatiques, les stations plus anciennes n’ont souvent pas conscience de l’importance de pistes optimales pour les sports d’hiver. Nous devons alors réaliser un travail d’explication important. De nombreuses petites stations choisissent toutefois des installations manuelles. Nous avons donc créé une gamme afin de répondre également au mieux à ces besoins. La pratique sportive du ski connaît une longue tradition au Japon, mais elle est encore relativement récente en Chine. Si les sports d’hiver réussissent à devenir un sport populaire en Chine, ce pays représentera un énorme marché potentiel.
Des systèmes manuels sont souvent encore utilisés aux États-Unis. Nous réussissons toutefois de plus en plus à y vendre nos installations automatiques. Ce marché représente le plus gros potentiel pour ces prochaines années, car quelques grands projets voient le jour et le nombre de skieurs reste stable.

 

ML > En raison de la grande diversité de ces marchés et de la conjoncture mondiale difficile, comment le groupe TechnoAlpin peut-il définir ses perspectives de développement ?

EG > Nous avons dès le début choisi une orientation internationale. Nous avons notamment vendu nos premiers enneigeurs au début des années 1990, soit quelques années après la création de notre entreprise en 1990. Nous avons rapidement développé un réseau international de revendeurs et de filiales. Nous disposons donc aujourd’hui d’un accès direct aux différents marchés. Nous sommes en contact permanent avec nos clients dans le monde entier, ce qui nous permet d’adapter parfaitement notre offre aux différents besoins. Cela nécessite bien entendu des investissements importants dans la recherche et le développement. Enfin, nous devons poursuivre le développement au plus haut niveau technique de nos perches et ventilateurs automatiques ainsi que de nos systèmes manuels. Il va de soi que les machines manuelles doivent être équipées de pièces de qualité équivalente à celle des pièces des systèmes automatiques. Une machine TechnoAlpin doit être composée de pièces de qualité TechnoAlpin. Cette garantie est la base de notre succès à l’export.
Notre réseau de service joue également un rôle très important. Nos clients du monde entier bénéficient de notre réseau de service après-vente étendu. Un investissement dans l’enneigement est depuis toujours un investissement durable. Nous devons donc proposer des prestations après-vente à long-terme. C’est ainsi que nous avons gagné la confiance des clients.

 

ML > TechnoAlpin a intégré l’activité neige de Johnson Controls (Ex-York Neige) en 2012. Quels en ont été les principaux avantages pour le groupe ?

EG > Cela a représenté un avantage important du point de vue technologique. Nous avons pu regrouper en un même lieu tout le savoir-faire des deux leaders du marché. Cela nous a permis d’obtenir deux centres de compétences dans le développement. L’un pour les ventilateurs au siège de Bozen et l’autre pour les perches chez TechnoAlpin France. Ces deux centres échangent constamment leurs découvertes afin de s’enrichir mutuellement. Nous allons cette année commercialiser les premiers résultats concrets de cette organisation.
Un autre avantage pour les clients est le renforcement du réseau commercial et après-vente. Ce regroupement en 2014 n’a donné lieu à aucun licenciement, mais il a permis d’optimiser les offres pour nos clients. Nous sommes en mesure de réagir immédiatement aux retours que nous recevons. Les opérations de maintenance préventive sont de plus en plus imposées afin de rendre les installations encore plus performantes et fiables.

 

ML > Quelle est la part du programme de R&D dans votre groupe ? Quelles sont les principales pistes d’innovations, principalement en matière de technologie de production mono et bi-fluide, ainsi que pour les logiciels de gestion (ATASSplus & Liberty) ?

EG > Les investissements en recherche et développement sont constamment supérieurs à 3 millions d’euros annuels, depuis de nombreuses années. Notre premier objectif est de rendre les installations encore plus efficaces, afin qu’elles produisent plus de neige sans augmentation de consommation d’énergie. Cela concerne à la fois les enneigeurs et les logiciels. Ces dernières années, nous sommes parvenus à réduire considérablement la consommation d’air des perches à neige, tout en augmentant leur production. Cette année, nous lançons la TL6, une perche qui va révolutionner le marché. Son nouveau système de régulation à 6 vitesses lui permet d’être particulièrement performante à la fois à températures froides et extrêmes.
Nos ventilateurs produisent aujourd’hui environ 20 % de neige de plus à puissance égale qu’il y a quelques années.
Nos systèmes peuvent désormais exploiter les données des systèmes de mesure de hauteur de neige. Des relevés de températures précis permettent d’adapter la production de neige afin d’exploiter au mieux les fenêtres de neige efficaces. Nous voulons que les dirigeants disposent d’un meilleur contrôle de l’enneigement. Nous avons souvent le sentiment qu’ils n’ont que peu de possibilités de disposer d’informations directes. Les logiciels intègrent donc différentes statistiques, qui offrent aux dirigeants une vue d’ensemble détaillée.

 

ML > Concernant l’activité après-vente, quelles sont les priorités du groupe pour les exploitants des stations de ski ?

EG > L’après-vente représente l’un des principaux services de notre entreprise. Les fenêtres de neige deviennent de plus en plus courtes. Lorsqu’elles arrivent, l’installation doit fonctionner parfaitement. On ne peut se permettre aucun retard. Nous réalisons donc de plus en plus de travaux d’entretien réguliers pendant l’été. Lorsque les installations sont entretenues et mises hors service correctement pendant l’été, on ne rencontre aucun problème lors de leur remise en service en automne. Nos contrats de maintenance sont très intéressants pour les stations de ski.
Nous nous occupons également de la formation du personnel des stations. Nous proposons dans nos filiales, ou directement auprès du client sur demande, des formations sur la manipulation et la maintenance correctes des appareils. Des machines utilisées correctement rencontrent beaucoup moins de problèmes, ce qui permet d’exploiter au mieux leur grande efficacité. Nous proposons également des formations pour les logiciels afin que le personnel des stations de ski puisse connaître l’ensemble de leurs possibilités. 

 

ML > La généralisation des pistons secs à la fin des années 1990 a-t-elle été le premier grand tournant environnemental pour le groupe ?

EG > Nous avons accordé une grande importance aux questions environnementales dès le départ. Les trois fondateurs de TechnoAlpin ont grandi en montagne, tout près d’une station de ski. Nous avions donc déjà conscience de l’importance de la protection de la nature pour le succès du tourisme hivernal. Nous avons donc tout de suite essayé de développer des enneigeurs aussi efficaces que possible, afin de préserver les ressources. La première version du logiciel ATASS a été commercialisée en 1995, avec l’objectif d’optimiser la gestion des installations et de mieux exploiter les ressources.
Le lancement du piston sec a bien entendu représenté un énorme progrès pour notre entreprise, et nous en sommes encore très fiers. Nous avons ainsi pris l’engagement de ne pas nous en tenir uniquement au facteur de prix des composants. Nous avons lancé avec le premier fabricant de compresseurs ce modèle sans huile, qui était bien entendu un peu plus cher à l’achat. Nous sommes convaincus que cet investissement est rentable pour nos clients, en plus d’être plus respectueux de l’environnement. Les travaux de maintenance sont réduits au minimum sur un compresseur sans huile, et aucune goutte d’huile ne tombe sur la piste.

 

ML > Quelles sont vos autres grandes actions pour l’environnement, et en particulier pour la préservation des ressources naturelles (air et eau) et énergétiques ?

EG > L’optimisation des douilles et des nucléateurs a permis de produire des enneigeurs de plus en plus efficaces. Nous sommes parvenus à économiser environ 50 % d’énergie pour les perches, et les ventilateurs produisent aujourd’hui environ 20 % de plus de neige à puissance égale qu’il y a quelques années.
Le logiciel est au cœur de la problématique d’un bilan énergétique optimisé : sans système automatique, il est difficile d’exploiter au mieux les fenêtres de froid. Les logiciels permettent de déterminer dans quelles zones de la station de ski se trouvent à un moment précis les meilleures conditions de production de neige, afin de commander l’installation par une simple pression sur un bouton. Les logiciels évitent également la dispersion de la neige par le vent. Les systèmes de mesure de hauteur de neige évitent toute production excessive. Nous indiquons par ailleurs pour chaque abri une valeur moyenne de quantité de neige produite les années précédentes. Le responsable de la production de neige sait ainsi quand un enneigeur a suffisamment produit. La fabrication de neige ne repose plus sur des évaluations, mais sur des données précises.
La base d’une production de neige économique en ressources reste toutefois la planification optimale de l’installation. Le bon enneigeur doit être installé au bon endroit, et les pompes, tours de refroidissement, conduites, etc. doivent être dimensionnées de manière adaptée. Il est important de tenir compte des conditions géographiques et climatiques locales. TechnoAlpin prépare donc un plan directeur détaillé pour chaque installation.

 

ML > Le groupe TechnoAlpin, par l’intermédiaire d’EMIControls, fabrique depuis 2008 des systèmes de contrôle de la poussière et des odeurs, en particulier pour les sites de démolition et de construction. Ce système est-il également compatible avec les besoins du secteur minier ? Et le secteur minier pourrait-il représenter une opportunité de croissance à court ou moyen terme pour le groupe ?

EG > C’est exact, EmiControls propose également des solutions d’évaporation pour le secteur minier. Cela représente un potentiel considérable.

 

ML > Solutions de contrôle de la poussière, de cabines à neige et de salles à neige (pour la production de neige en intérieur industrielle ou de loisir) : pourquoi l’entreprise TechnoAlpin a-t-elle choisi de se diversifier dans ce domaine ?

EG > Le marché de la production de neige est stable, voire en recul. Nous avons donc décidé d’exploiter notre savoir-faire pour de nouveaux marchés en pleine croissance. Outre des systèmes de collecte de poussière, EmiControls propose également des solutions de lutte contre le feu. Cela représente aussi un grand potentiel pour les prochaines années. Nous utilisons ici notre savoir-faire dans la pulvérisation et la technologie des turbines.
Arasana, l’espace de neige pour les installations de bien-être, prend une toute autre direction, mais connaît également un très bel avenir. Nous exploitons là notre savoir-faire dans la production de neige et la technologie du froid. Nous considérons que ce marché va connaître une forte croissance.
Les chiffres d’affaires que nous allons enregistrer avec les salles de ski sont certainement variables. Nous y identifions tout de même un certain potentiel pour les prochaines années. Nous espérons surtout ainsi rendre la pratique du ski plus populaire dans des pays qui n’auraient autrement aucun potentiel.
Nous proposons cette année une autre nouvelle technologie : la Snowfactory, un enneigeur pour températures chaudes, principalement adapté aux grandes manifestations et à de petites sections de pistes.
Nous avons voulu couvrir toutes les applications en matière de production de neige. Nous sommes les experts de la neige, et voulons proposer des solutions pour chaque besoin.
Pour résumer, nous essayons d’exploiter nos technologies et notre savoir-faire dans d’autres domaines.

 

ML > Quelles synergies technologiques avec votre cœur de métier, la production de neige, ont permis ces innovations ? À qui ces différentes solutions sont-elles destinées ?

EG > La lutte contre la poussière et contre le feu consiste principalement à pulvériser des gouttes d’eau de la bonne taille et avec un débit optimal. Les exigences sont donc similaires à celles de la production de neige, ce qui nous a permis d’exploiter notre très grand savoir-faire. Par ailleurs, beaucoup de pièces sont de construction identique, ce qui permet également d’exploiter des synergies dans les achats.
Les choses sont différentes pour les cabines à neige et salles de ski. Nous avons acquis une grande expérience en matière de neige et de technologie du froid. Ce n’est toutefois pas si simple de regrouper tout cela. Nous avons repris en 2012 l’entreprise allemande Innovag, qui était l’un des principaux opérateurs sur ce marché, ce qui nous a permis d’acquérir un grand savoir-faire. Nous poursuivons le développement dans ces secteurs en collaboration avec les techniciens déjà présents chez Innovag. Nous sommes ainsi en mesure, avec la Snowfactory, de proposer une solution pour tous les besoins de production de neige. C’était l’objectif de cette extension : nous voulions proposer une offre pour tout ce qui touche à la neige.

 

Photos © TechnoAlpin

 

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