Poma

La montagne comme révélateur ?

Dimanche 15 Janvier 2017

Et si la montagne n’était pas qu’une montagne que l’on contemple, que l’on exploite ou que l’on gravit ?
Et si elle n’était pas uniquement un lieu d’habitation et de villégiature, pas seulement une ressource économique, pas strictement un terrain de jeu que l’on pratique été comme hiver ? Et si la montagne était également source de partage et de rencontres ? Et si elle donnait confiance en celui qui la pratique, et si elle permettait d’avancer, de transposer l’ascension d’un sommet en victoire personnelle, en une expérience qui servira au quotidien ? Ne permet-elle pas de se surpasser, d’en apprendre plus sur nous ?

Dès lors, ne devrait-on pas faciliter son accès, notamment aux plus démunis, à ceux qui ont besoin de confiance ? Nombreuses sont les associations à se mobiliser sur le sujet, et à s’activer pour permettre à ceux qui en ont le plus besoin d’atteindre les sommets, leur sommet. La première rencontre montagne partagée a permis de le constater, d’observer une formidable mobilisation autour de cet objectif mais également de constater certains manques.

Il ne fallait pas arriver en retard au centre théologique de Meylan, en Isère, le 5 novembre dernier. La salle où se tenait la première des deux conférences de la journée, axée sur « Quel accès aux loisirs pour les plus pauvres dans notre société ? », était comble puisque nombreux étaient celles et ceux à avoir répondu présents à l’invitation de l’association 82-4000.org qui organisait la première rencontre montagne partagée, en partenariat avec ATD Quart Monde et le centre spirituel de Saint Hugues. Bien évidemment, les stagiaires de 82-4000.org – nom donné en référence aux 82 sommets de plus de 4 000 mètres des Alpes -, qui ont participé aux différents stages de l’association qui se fait fort d’organiser des ascensions en haute montagne au profit de personnes issues de la grande pauvreté étaient présents pour l’occasion. Avec près de quarante stages organisés depuis 2013, l’association contribue activement à l’insertion sociale d’adolescents et de jeunes adultes ainsi qu’à une ouverture professionnelle aux métiers de la montagne. Ces stages permettent d’ailleurs de créer une mixité sociale. Au cours de cette table ronde, outre les stages et les différentes actions de l’association 84-4000.org, de nombreux autres projets pédagogiques ont été présentés pour emmener des jeunes en difficultés en montagne.

Un accélérateur d’émotions
La montagne est un révélateur pour certaines personnes et permet de construire une relation sans égale. Valérie Tauvron, directrice d’En passant pour la Montagne a également apporté sa vision. Pour elle, « les jeunes se révèlent en montagne, car la montagne sert d’accélérateur d’émotions et d’instants de partage ». Mais, la montagne n’est pas une « baguette magique » tient-elle à souligner car « les gens doivent ensuite se servir de l’expérience vécue dans leur quotidien, quand ils se retrouveront sur leur lieu de vie. Au cours de stages ou des séjours d’une semaine qui sont organisés, les jeunes peuvent constater qu’ils peuvent dépasser leur limite et leur montrer ce dont ils sont capables. Ils pourront ensuite appliquer cela dans leur vie ». Dès lors, une question s’impose. Si la montagne, ou plus généralement les vacances, peuvent aider des personnes en difficultés, pourquoi n’y a t-il pas un véritable droit au congés ? Claire Etoud, présidente d’ATD Quart Monde France est sans équivoque sur le sujet. « Il est nécessaire de travailler sur la question de l’accès au droit aux vacances. Les congés font du bien à tous, alors pourquoi ne sont-ils réservés qu’aux gens qui en ont les moyens ? ». Car oui, un quart des enfants ne partent pas en vacances selon Brice Lefèvre, sociologue du sport et guide de haute montagne. En ce qui concerne les sports d’hiver, 40% des cadres partent au ski au moins une fois tous les deux ans contre 9 % des ouvriers. Les raisons ? Pour 38 % des personnes interrogées, la pratique de sports de nature est trop chère et pour 29% d’entre elles, c’est plutôt une non-accointance qui est soulignée. Mais comme le rappelle Brice Lefèvre, « pour aimer ou non, il faut y être allé ». Souvent, et parfois à tort, la montagne est qualifiée de destination pour une élite. Il y a donc un important travail de communication à réaliser autour de l’accès à la montagne et de déconstruction de l’image que l’on s’en fait car si la France appartient à tous, il en va de même pour ses montagnes. Pour certains, il existe également une crainte de partir en vacances car l’inconnu fait souvent peur. Pour lutter contre cette crainte, ATD Quart Monde propose des semaines de congés dans le Jura aux familles en grandes difficultés afin de les accompagner et d’être présent à leur côté. Cette initiative est à souligner car elle permet aux personnes de sortir de leur quotidien, et elle leur permet d’avoir des choses à raconter à leur retour.
Olivier Verrand, suppléant de la députée de l’Isère Geneviève Fioraso, a tenu à participer à cette journée et à apporter sa vision en la matière. Pour lui, il est bien évident que « l’activité physique est un facteur d’insertion sociale et sert de support éducatif, et la montagne est un terrain propice pour accompagner des personnes en difficultés ou en exclusion. Qui plus est, la montagne ne se raconte pas, elle se vit. D’autant plus que la pratique sportive est importante en matière de santé ». Certains pourraient dire qu’il est facile de faire du sport, il suffit d’une paire de chaussures pour courir ou d’un ballon pour faire du football. Mais là encore, l’influence du terrain familial se fait sentir comme le rappelle Brice Lefèvre. « Si les parents sont diplômés du supérieur, 83 % de leurs enfants feront une activité sportive alors que seuls 53 % des enfants de parents non-diplômés en feront. Quelqu’un qui a de l’argent, ou dont les parents en ont, pourra acheter du temps, de la culture, des relations ».
Quel est donc le rôle des politiques en la matière ? Pour Olivier Verrand, « le politique ne peut se substituer au travail des associations qui sont sur le terrain et en contact avec un public en difficultés. »

Les idées et actions ne manquent pas, à l’inverse du financement…
« Le politique doit être un facilitateur qui peut aider à l’accès de stages ou de formations mais qui ne peut pas le faire directement. Le politique peut mener une réflexion sur l’aspect normatif ou le financement car cela devient parfois compliqué pour les enseignants par exemple d’emmener des élèves en montagne car les normes sont de plus en plus complexes ». Pour Olivier Verrand, « quand on investit dans une association, c’est du gagnant-gagnant ». Mais, c’est bien là que le bât blesse. La question du financement est primordiale et aujourd’hui, certaines régions ou Conseils départementaux baissent ou suppriment certaines dotations aux associations ou ONG. Gouverner c’est choisir et aujourd’hui, le choix fait est de moins soutenir les associations alors même qu’elles sont indispensables ! Dès lors que faire ? Se laisser abattre ? NON ! Il est nécessaire de mener un combat d’idées, sur le terrain des idées souvent préconçues d’ailleurs. Il faut mobiliser les élus locaux, départementaux et régionaux, mais il faut également se mobiliser, en donnant du temps ou de l’argent. Sans mobilisation, le terreau des associations, faute de moyen, ne sera plus aussi fertile. A t-on un vrai problème sociétal avec la pauvreté ? Peut-être, alors à nous de jouer, chacun à notre échelle pour que les principes français qui nous sont si chers et souvent enviés par d’autres pays ou cultures dictent enfin notre République. Alors, à quand une stricte application de la devise « Liberté, Egalité, Fraternité » ?

 

Photos : © 82-4000.org

 

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