La station de demain : La planification

Lundi 28 Janvier 2013

Point de départ de ce dossier : la planification. Fondement de tout projet tant d’urbanisme, que d’aménagement, concentrons nous sur le Master Plan qui permet de mettre sur pied un projet global de territoire, qui fixe à long terme les orientations fondamentales de l’aménagement d’un site déterminé.

Master Plan

Pour mieux comprendre, quoi de plus parlant qu’un exemple concret ? A l’étude : Poiana Brasov, en Roumanie. Poiana Brasov et son domaine skiable représentent la destination touristique de montagne numéro 1 en Roumanie.
Les équipements de la station sont parmi les plus modernes et en plein processus de développement. Le site a bénéficié en 2011 d’un investissement d’environ 30 millions d’euros et a ainsi doublé la surface de son domaine tout en le modernisant : 40 ha de pistes supplémentaires, neige de culture (retenue collinaire - 150 000 m3, 122 perches, 24 ventilateurs), 2 télésièges de plus, dameuses, etc.
L’investissement de 2011 est le début d’un processus de développement touristique fort et à long terme de la région de Brasov.
Le maire de Brasov, George Scripcaru, commune support de la station, revient pour nous sur les projets de développement et sur les différentes étapes qui ont été nécessaires à la mise en œuvre du projet « Poiana Brasov ».

Montagne Leaders : Qu’est ce qui vous a conduit à vous engager dans cette phase de développement du tourisme de montagne ?
George ScripcaruGeorge Scripcaru :
Le tourisme est un secteur économique de la première importance dans le monde et, pour la Roumanie, je le considère comme une direction prioritaire de développement. Les données communiquées par l’OMT montrent une croissance soutenue du secteur du tourisme à l’échelle mondiale. Les recettes pour l’année 2011 ont atteint environ 900 milliards d’euros.
Les prévisions de fréquentation prévoient un rythme de croissance de 3,3 % / an en moyenne jusqu’en 2030. La Roumanie a enregistré en 2011 une croissance dans ce secteur de 13 % par rapport au 2010.  Toutefois, par rapport à ses voisins, les résultats obtenus en Roumanie restent faibles.
Hongrie : 10,2 millions d’entrées de touristes internationaux ; 4,1 milliards € CA du tourisme
Bulgarie : 6,3 millions d’entrées de touristes internationaux ; 2,9 milliards € CA du tourisme.
Roumanie : 1,5 millions  d’entrées de touristes internationaux ; 1,04 milliards € CA du tourisme.
La Roumanie doit absolument faire des progrès et le développement du tourisme est l’une des priorités de ma région et de la ville de Brasov. La stratégie de la marque touristique de la Roumanie repose sur la nature et l’espace rural, les traditions, la montagne.
Le tourisme dans le cadre naturel est perçu comme ayant un degré très important d’authenticité et de pureté. La filière de l’éco-tourisme  correspond parfaitement aux dernières tendances du marché mondial et européen du tourisme. Elle assure, non seulement, le développement durable et la protection du patrimoine naturel et culturel, mais aussi la concentration des bénéfices économiques au niveau local.
Les Carpates sont le premier attrait touristique de la Roumanie, pour les touristes roumains et européens. Captivants par leur nature intacte et par la préservation de ses traditions, ils possèdent le potentiel d’une offre touristique alternative et complémentaire par rapport à celle des Alpes. Cette volonté de développer le tourisme de montagne est surtout révélatrice du potentiel de ce secteur pour le tourisme roumain. Un potentiel encore trop peu exploité. A l’heure actuelle, la Roumanie, qui ne manque pourtant pas de sommets skiables, compte un petit nombre de stations, relativement peu équipées, en comparaison avec l’Autriche ou même la Bulgarie voisine. La ville de Brasov par sa localisation géographique exceptionnelle a favorisé le développement du tourisme sous diverses formes. À 12 km du centre-ville, il y a la station touristique avec son domaine skiable. En février 2013, Brasov accueillera le Festival olympique d’hiver de la Jeunesse européenne (FOJE).

ML :  Comment se sont articulées les différentes phases du projet de développement ?
GS :
Poiana Brasov est devenue très encombrée du fait d’une fréquentation croissante, des infrastructures qui ne sont souvent pas à la hauteur, des pistes peu nombreuses. Afin d’améliorer les conditions et l’offre touristique, Poiana Brasov a bénéficié en 2011 d’un investissement d’environ 30 millions d’ euros ; la station a ainsi doublé la superficie du domaine skiable et l’ a modernisé. Après cette première phase d’investissement, nous prévoyons de continuer avec la liaison par télécabine entre Brasov et Poiana Brasov ; la restructuration urbaine dans la gare de départ inférieure, par la construction d’un parking et des bâtiments de services. Nous réfléchissons également à une gare intermédiaire à Poiana Mica, un centre aqua-thermal, des hôtels, des résidences de tourisme. Nous souhaiterions également nous orienter vers une station piétonnière, un concept d’actualité !
 
ML : Comment avez-vous pris part à l ‘élaboration du schéma directeur ?
GS :
Nous nous sommes rendu compte de la nécessité de créer un schéma directeur « concept et stratégie » pour la station touristique de montagne “de demain”, aussi bien pour la station de ski ou le domaine skiable que pour des activités 4 saisons. Cette stratégie suppose une organisation des priorités par étapes ainsi que leur validation par des simulations et des plans d’affaires. Cette problématique fait l’objet d’échanges avec l’équipe d’experts français qui nous entourent et des consultations permanentes avec la population locale, le principal bénéficiaire des ces projets. Le schéma directeur sera le résultat d’un dialogue ample entre tous les acteurs de notre région, intéressés dans le développement du tourisme, les autorités et les experts roumains et internationaux. Mon rôle est d’assurer le meilleur cadre possible pour ce dialogue, ainsi que la mise en œuvre des décisions prises.

ML : Quels étaient les éléments que vous vouliez absolument intégrer dans ce schéma ?
GS :
Il devient impératif de formuler une stratégie de développement touristique qui englobe l’ensemble des  projets, aux objectifs précis et multiples : créer une destination touristique « 4 saisons » ; créer une marque touristique pour cette destination qui est Brasov ; organiser les modalités de support d’investissements, la gestion des projets, la gouvernance, l’organisation de la promotion et de la commercialisation. Les projets d’investissement à court et moyen terme  sont :
la connexion par télécabine de la ville de Brasov (300 000 habitants) avec la station de ski et le domaine skiable ; la restructuration du front de neige et sa connexion avec la zone principale urbaine ; la création de parkings au centre ville de Brasov et dans la station Poiana Brasov ; un spa et tout le développement hôtelier et résidentiel qui va avec ; l’extension du domaine skiable.
Enfin, l’élaboration d’un schéma de développement intégré avec la mise en équation des stations voisines : Bran (pays et château de Dracula), Predeal, Rasnov, Azuga, Busteni ainsi que la mise en relation et en valeur des principaux atouts thématiques de la région.

ML : Qui dit schéma directeur dit vision globale : immobilier, domaine skiable, loisirs,… Quels sont les différents objectifs en la matière que vous souhaitez atteindre ?
GS :
L’investissement de 2011 est le début d’un processus de développement touristique fort et à long terme de la région de Brasov. Le schéma directeur mettra en avant des objectifs tels que : l’amélioration et la diversification de l’offre touristique de Brasov ; la mise en valeur de manière durable du patrimoine naturel et culturel de la région. Le tout aura pour effet le développement économique et social de la région. Nous souhaitons faire de Brasov l’une des destinations les plus prisées de l’Europe centrale et de l’Est. Notre but serait de faire du tourisme l’un des secteurs les plus porteurs de l’économie locale et de la région.

ML : Vous êtes vous inspiré de modèle de stations étrangères ?
GS :
Bien entendu. Nous connaissons les performances françaises dans le domaine et nous avons pris connaissance, également, des erreurs qui on été faites dans les Alpes par le passé. Nous avons entamé une très proche collaboration avec des partenaires français par l’intermédiaire d’Alpin Concept, du Cluster Montagne et de ses membres. Monsieur  Gilbert Blanc Tailleur, Maire de Courchevel et Président de l’ANMSM nous a fait l’honneur et le plaisir de partager avec nous son expérience. Nous nous trouvons actuellement dans un processus de réflexion sur une collaboration à long terme, sur les stratégies de développement du tourisme en montagne. Des concepts comme : station « 4 saisons », « station de 4ème génération », labélisation par des critères de développement durable, sont de grand intérêt dans le développement de notre territoire. Le but de ce rapprochement est  l’accompagnement dans les projets actuels et futurs de la mairie de Brasov et de Poiana Brasov en matière de gouvernance, de pilotage et de gestion-exploitation.
La volonté est de choisir le meilleur modèle ou de créer celui qui sera le plus approprié à notre spécificité avec la conception de nouveaux espaces de tourisme et de loisir (extension + restructuration urbanistique du centre de la station de ski Poiana Brasov et nouvelle connexion avec le front de neige) en vue d’une augmentation continue de l’attractivité et de la fréquentation. Nous réfléchissons également au montage financier : quelle part de financement public ?
Quels projets réaliser en PPP ou autre forme d’investissement privé ?  
La promotion et la commercialisation sont aussi à l’étude. La gestion de Courchevel peut être un modèle de réussite pour nous.
Les différentes formes de synergie, les associations comme le Cluster Montagne, France Montagne ou bien L’ANMSM en sont un autre et nous comptons sur le renforcement de la collaboration avec ces associations.

 

Où, quand, pourquoi, comment ? La parole est à l’expert, Louis Guily.

Louis GuilyML : Brièvement, qu’est ce qu’un Master Plan ?
LG :
Le Master Plan est une photo d’idées, de projets d’un territoire à un instant donné. Mais c’est un document qui vit avec son temps, qui ne meurt jamais. Chaque fois qu’un projet est réalisé, on ajuste et on repositionne les autres réalisations à venir. Les tendances de la clientèle évoluent, les technologies aussi et le Master Plan suit ces évolutions. C’est un support d’échanges, fédérateur des acteurs d’un territoire. Il permet de se projeter. Un Master Plan permet de raisonner par phase et de voir à un instant T ce qui est prioritaire, les investissements sont ainsi programmés via la feuille de route déterminée par le Master Plan lui-même. C’est un véritable outil de gouvernance, une technique d’animation d’un territoire. Tout le monde doit communier autour du Master Plan.  Dans la forme, on distingue deux types de Master Plan. Le Master Plan à l’échelle d’un département, (les 2/3 du territoire de Brasov par exemple). Nous avons également travaillé en Isère sur le schéma directeur portant sur l’ensemble des stations de montagne,  à l’exception de l’Alpe d’Huez et des 2 Alpes. Et le Master Plan plus spécifique, propre au « resort », dans laquelle on aborde différentes facettes : station de montagne, activités hiver, activités été…

ML : Que contient-il ?
LG :
Le Master Plan comprend un volet technique, un volet financier. Ce dernier est capital, il permet de mener une réflexion économique qui aboutira à l’économie générale du projet. Comme je l’ai dit précédemment, il s’agit d’une réflexion d’ensemble menée grâce aux échanges, au lieu lui même est à ses richesses naturelles, environnementales propres, à laquelle viennent s’ajouter notre connaissance du marché ainsi qu’une étude marketing précise sur les attentes, les envies des clients  et bien sur sur le prix qu’ils sont prêts à payer pour tout ça. C’est un véritable outil de gouvernance, une technique d’animation d’un territoire. Tout le monde doit communier autour du Master Plan. Globalement, un Master Plan est élaboré suivant une méthode générale : inventaire, analyse, composition/élaboration, échange,… Bien sûr, le contenu est spécifique en fonction du territoire. L’objectif est cependant toujours le même, il s’agit d’un projet d’aménagement de territoire qui doit aboutir à des résultats car les enjeux sont toujours évidemment colossaux. Les propositions techniques s’accompagnent toujours de solutions marketing, d’analyse de marchés.

ML : Où en sommes nous en France ?
LG :
En France, on n’a pas forcément le reflexe Master Plan. Jusqu’à présent, on en ressentait pas le besoin, les choses fonctionnaient telles qu’elles. De nos jours c’est moins évident. Quand on engage des fonds, on n’a pas intérêt à se tromper et le Master Plan se pose comme une sorte de caution, il rassure. Il fait véritablement émerger des produits, il permet de cibler des clientèles. Quand on présente un Master Plan, on fait la promotion des futurs investissements à la clientèle.
Appliqué aux stations de montagne, le Master Plan se doit d’appréhender les 4 saisons. Il doit contenir un calque hiver qui comprend les activités hivernales « neige », le ski mais pas que. Il faut accepter que tout ne se passe pas sur le domaine skiable, mais faire en sorte que les remontées mécaniques soient empruntées au maximum, même par ceux qui ne « glissent » pas. Autre calque, les activités été. Ces activités doivent être spécifiques mais s’imbriquer avec le volet hiver, on doit utiliser au mieux les infrastructures, les aménagements initialement empruntés l’hiver.
Enfin, il y a un tronc commun. Il s’agit là d’activités qui traversent les saisons. Ce volet à sont importance quand on voit les fluctuations météo que l’on a subi il y a quelques saisons en arrière. L’enjeu, c’est de mélanger les activités, les genres pour arriver à des activités que l’on pourrait qualifier d’hybrides : rendre le culturel plus ludique exemple,…

 

Photos : © D.R.

 

HISTORIQUE DE LA STATION DE DEMAIN

 

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