Métier en station : Médecin en station

Mercredi 2 Juin 2010

Même s’ils aiment à rappeler que la plupart des pratiquants ne se font pas mal, les médecins installés en station voient passer 9 millions de patients chaque année dont 150 000 blessés issus des domaines skiables entre décembre et avril. Une pratique de la médecine qui peut être qualifiée de «rurale» pour ces «postes avancés des hôpitaux».

Dr. Ledoux, Médecin en stationLa loi montagne fait obligation au maire d’organiser le secours sur le territoire de sa commune, ce qui englobe l’évacuation des blessés des domaines skiables jusqu’au Centre Médical Approprié (CMA) le plus proche. Si certains cas graves sont orientés vers les centres hospitaliers, la majorité des accidentés sont traités au sein du cabinet comme l’explique le Docteur Ledoux qui exerce à Flumet : «En hiver nous sommes quatre médecins, le cabinet est capable de prendre en charge 96% des blessés en provenance des domaines skiables.» (Trois autres cabinets médicaux sont installés sur le secteur de Flumet-Val d’Arly) Plus qu’une simple prise en charge en station, le Docteur Laporte, médecin aux Angles et président de l’association Médecins de montagne MdeM, y voit la nécessité de fournir «des soins dignes d’un hôpital classique».

 

Urgentiste et polyvalent

Dr. Laporte, Médecin en stationOr l’exercice isolé, comme c’est le cas en station, nécessite une certaine polyvalence. La formation se situe à la croisée de la médecine d’urgence, de la médecine traditionnelle et de la traumatologie du sport. La médecine générale doit s’accompagner de plusieurs formations complémentaires (technique de radiologie, de plâtres) et d’expérience de terrain pour disposer de toutes les techniques de la médecine urgentiste. «Le compagnonnage est une valeur importante pour transmettre les savoir-faire, précise le Dr. Ledoux, c’est pourquoi nous accueillons régulièrement des internes au cabinet en pleine saison.»
Des compétences vastes, mises à rude épreuve en plein hiver lorsque la population du Haut Val d’Arly passe de 2 800 habitants permanents à 20 000 personnes environ ;
dans le cabinet de Flumet, des urgences arrivent de 9h à 20h sans interruption tous les jours de la semaine. A contrario en intersaison, deux médecins peuvent répondre aux besoins de la population locale sur le secteur de Flumet (avec certaines professions à risques comme le bâtiment, l’agriculture ou l’artisanat).
D’autant plus que ce qu’ils aiment à appeler une pratique de la médecine « rurale » ou « isolée » nécessite énormément de temps : à la différence des cliniques ou hôpitaux, ici une personne prend en charge un blessé de A à Z. «Une partie de notre activité et de notre responsabilité consiste aussi à organiser la suite de l’accident, expliquer aux patients leur traitement, l’évolution de leurs blessures et toute la phase administrative » détaille le Dr. Ledoux. Ces prestations et le relationnel sont très appréciés puisqu’il arrive que certains habitants de la vallée choisissent de monter consulter en station. «Nous soulageons les services d’urgence des hôpitaux environnants ;
notre fonction de «poste avancé des hôpitaux » est un service inestimable et inestimé. Un médecin en station prend en charge près de 600 blessés par hiver ; sans cela ces personnes seraient allées à l’hôpital.»
L’emploi du temps hivernal ne laisse donc que peu de place aux sorties comme l’explique le Dr. Laporte «Aux Angles : la présence des 5 médecins ne permet pas de visite à domicile en pleine saison. Les rares sorties sur les domaines skiables sont justifiées par la régulation du centre 15, ou le mauvais temps empêchant le vol des hélicoptères.»

 

Une pratique unique en France

Aux antipodes de la pratique en cabinet de la plupart des médecins de montagne, certains ont une activité plus atypique car ils exercent la médecine directement à bord d’un hélicoptère. Basée sur les Portes du Soleil, mais intervenant également sur les stations jouxtant le lac Léman et sur certaines stations du Grand Massif, c’est à bord d’un hélicoptère médicalisé, de la société Mont Blanc Hélicoptère, qu’une poignée de médecins intervient. C’est, par roulement avec d’autres médecins de montagne, et directement sur les pistes de ski qu’ils médicalisent le plus rapidement possible la victime. Le docteur Audema, médecin correspondant du SAMU, précise que le traitement des blessés, et leur transfert vers les hôpitaux ou les cabinets MdeM, «se fait évidemment sous le couvert d’une convention conclue avec les différents maires des stations concernées».
Cette pratique, bien que singulière permet de réduire le temps d’intervention et permet au médecin d’astreinte d’agir rapidement.

 

L’avenir de la profession

Pourtant reconnu au sein de la profession dans toute la France, l’exercice en station laisse un regret : la pression des urgences n’est pas prise en considération notamment au plan financier.
Comme pour d’autres professions libérales, la médecine générale en cabinet n’attire pas et souffre d’un problème de renouvellement : coût de l’immobilier, de l’équipement médical et notamment le renouvellement des plateaux techniques de radiologie, contraintes administratives (facturation). 350 médecins exercent aujourd’hui en station. Un chiffre en baisse inquiétante puisque ce contexte économique d’exercice de la profession peine à attirer le jeunes (l’âge moyen est de 53 ans).
Une problématique de désertification des zones de montagne qui aide au développement de relations consensuelles et constructives de MdeM avec les différents syndicats et associations du milieu montagnard : ANMSM, SNTF, ADSP, pisteurs secouristes, … Pour le Dr. Laporte, « L’avenir de la médecine en station et plus généralement du secours en montagne doit dépasser les intérêts de chaque commune et s’adapter à la géographie du domaine skiable. La profession entame une évolution qui doit l’amener à s’adapter au volume d’activité. » Alors que la majorité des médecins exercent à l’année dans les communes sièges des domaines skiables, et l’évolution, le cadre de la loi HPST (Hôpital, Patients, Santé, Territoires), pourraient conduire les médecins isolés à se regrouper et mutualiser, un moyen de susciter l’intérêt des jeunes ?

Photos : © Dovemed

 

HISTORIQUE DES MÉTIERS EN STATION DE SKI

 

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