Pistes : le damage

Mercredi 11 Décembre 2013

L’histoire appartient à ceux qui l’écrivent

S’il y a bien une innovation qui a marqué le monde de la montagne, c’est celle du damage. Même si la tendance actuelle est au freeride, aux espaces vierges de toute trace, aux grandes courbes dans une neige poudreuse et immaculée, une attention toute particulière est portée, par les opérateurs de domaines skiables, à l’entretien des pistes, au damage.

Science exacte, poste de dépenses et d’investissements perpétuels pour les opérateurs de domaines skiables, le damage a, quoi qu’on en dise, participé à la démocratisation du ski, à l’engouement pour les sports d’hiver. Comment faire skier des débutants, des enfants, des primoskieurs dans de la neige fraîche, non damée, sur des pistes non préparées ? C’est impossible ou presque. L’histoire appartient à ceux qui l’écrivent, et l’histoire du damage, Emile Allais en a écrit l’introduction, les premiers chapitres. Oui, encore Emile Allais, le précurseur, l’inventeur de génie, le skieur qui a tout révolutionné ou presque. Lors de son expérience américaine, notamment à Squaw Valley, il part d’un constat qui le motivera toute sa vie, qui sublimera ses idées, qui les concrétisera : «rien, vraiment rien ne doit être négligé pour le plaisir et le bien être du client qui accepte de mettre le prix, à condition que la prestation soit à la hauteur».

Il est vrai que les pistes étaient son cheval de bataille, quasiment une obsession selon Gilles Chappaz qui a rédigé l’ouvrage «Allais, La légende d’Emile».
Et Gilles Chappaz ne s’y trompait pas lorsqu’il écrivait que «chaque skieur lui doit une partie du plaisir qu’il éprouve sur la neige», car oui, le plaisir passe par un ski sur des pistes bien damées, lisses comme un billard. Nombreux sont les clients à vouloir passer les premiers, dès l’ouverture des remontées mécaniques, sur des pistes fraîchement préparées. La lecture de l’ouvrage paru aux éditions Guérin est riche d’enseignements sur l’histoire du damage, étroitement liée à celle d’Emile Allais qui a, disons-le, inventé le «damage moderne».
Les premières techniques de damage.

Comme bons nombre d’innovations, le damage résulte d’une bonne idée, d’un cons-tat, d’une rencontre, Emile Allais le prouve une nouvelle fois lorsqu’il relate son expérience californienne :
«Il y avait un relais de télévision tout en haut des pistes, sur la montagne. Ce poste était ravitaillé par une chenillette. Le type qui la conduisait était skieur et payait ses remontées ; il est venu me demander un jour s’il ne pouvait pas avoir quelques tickets à prix réduit parce qu’il n’avait pas beaucoup d’argent. Je lui ai proposé, en contrepartie, de nous damer la piste des débutants avec sa machine. Il l’a fait, mais ça n’allait quand même pas très vite avec les seules chenilles, alors nous avons imaginé de mettre des rouleaux à l’arrière, des gros fûts de carburant. C’est comme ça que le damage mécanique est né, en recyclant cette chenillette en dameuse improvisée et en suppléant les employés des remontées mécaniques qu’on sollicitait alors pour damer les pistes avec leurs skis». Le damage mécanisé est donc né. Mais comment faisait-on avant ? Avant l’arrivée du premier Snowcat ? Pisteurs, gendarmes chargés du secours, personnel des remontées mécaniques, toutes les forces vives de la station prenaient les remontées mécaniques puis redescendaient, perpendiculairement à la piste, en escaliers, les uns derrière les autres, pour damer les pistes... archaïque ? Oui, mais tellement indispensable pour séduire les premiers skieurs et leur proposer, déjà, un produit de qualité répondant à leurs attentes. Ensuite, c’est à l’aide de gros rouleaux, souvent d’une largeur de 1,5 mètre, tractés par deux ou trois personnes que les pistes étaient préparées.
En France, il a fallu attendre le retour d’Emile Allais à Cour-chevel pour que les pistes soient au cœur de toutes les attentions. Personnels à skis, rouleaux, toute la panoplie y passe avant qu’il obtienne enfin, après trois ans d’âpres négociations, un premier Snowcat.

 

Les débuts du damage mécanique
Le damage mécanisé a donc une histoire toute jeune mais a connu une évolution tès rapide. Dès les années 1960 les premiers engins motorisés dédiés au damage apparaissent. Prinoth est l’un des premiers sur les rangs. Dès 1962, la société développe et produit les premiers modèles, le premier prototype P60. Deux ans plus tard, la machine sort de l’usine et fait son apparition en station.
En 1969, Prinoth est rejoint par Kässbohrer qui livre son premier modèle PistenBully, le premier d’une longue série. Un an plus tard, en 1970, Bombardier, qui construit depuis 1937 des véhicules à chenille pour les déplacements et transports en terrain enneigé,  acquiert la société Lohnerwerke GmbH et commence à produire des dameuses Skidozer pour l’entretien des pistes.

Depuis, l’utilisation des dameuses s’est propagée comme une trainée de poudre, toutes les stations en sont équipées et les modèles ont considérablement évolué. Les engins à treuil font leur apparition, permettant de damer toutes les pistes, en toutes circonstances et le métier de dameur s’est professionnalisé. Plus tard, les GPS équipent les véhicules, permettant d’optimiser le damage et les constructeurs se sont adaptés à de nouvelles pratiques. Le ski évolue, le travail et les machines également.
Qui dit apparition des nouvelles glisses, des espaces consacrés au freestyle, dit forcément évolution des techniques de damage et création de nouveaux modèles dédiés. Aujourd’hui, la pelle n’est plus l’unique outil nécessaire pour shapper des modules de plus en plus gigantesque. Il n’y a qu’à voir le travail réalisé lors des derniers Frostgun de Val d’Isère par la société Snowconcept pour comprendre. En effet, Lionel Broche et ses équipes n’avaient pas un seul instant hésité à utiliser une dameuse équipée d’un treuil pour pousser les immenses volu-mes de neige nécessaire à fabriquer un module de plus de 17 mètres de hauteur.

Aujourd’hui, les travailleuses de l’ombre se mettent au vert, développement durable, coût du carburant et normes européennes obligent.
Le damage est une affaire de couche-tard car, une fois que les derniers skieurs ont quitté le domaine skiable, le ballet des dameuses et de leurs conducteurs démarre, un ballet nécessaire pour que chaque matin, nous puissions faire notre trace.

 

Photos : © DR - OT Saint-Bon-Courchevel

 

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