Remontées mécaniques et transports : Le 3S

Vendredi 11 Octobre 2013

Le 3S, une technologie aboutie !

L’un des derniers-nés de l’industrie des remontées mécaniques est devenu en quelques années et quelques réalisations seulement l’appareil le plus abouti du transport par câble. Retour sur l’historique du 3S, qui séduit aussi bien la montagne que la ville !

Pour les non initiés, 3S signifie «drei Seil» (en allemand), soit trois câbles : deux câbles porteurs et un câble tracteur. Les origines de cette technologie doivent être recherchées bien avant l’ère du fret routier, à l’époque où le transport de matériaux et de minerais s’effectuait au moyen de centaines de kilomètres de téléphériques industriels bicâbles (« 2S » donc), installés par plusieurs constructeurs aujourd’hui disparus comme la société PHB (Pohlig-Heckel-Bleichert).
Cette technologie 2S a été appliquée dans les années 70 pour quelques appareils de remontées mécaniques comme le 2S de la Grande Rochette à La Plagne, ou le 2S à mouvement pulsé de La Grave. Ces systèmes bicâbles débrayables restent alors peu utilisés, pénalisés notamment par leur comportement au vent. Pour autant, le petit monde de l’industrie des remontées mécaniques n’en reste pas là. Et quelques temps plus tard, l’idée prend corps d’utiliser la technologie tricâble déjà bien répandue dans les téléphériques à va-et-vient :

  • deux câbles porteurs permettant des longues portées, des hauteurs de survol, une stabilité au vent, et la charge de cabines spacieuses,
  • un câble tracteur en mouvement unidirectionnel continu,
  • des cavaliers installés en ligne sur les câbles porteurs pour soutenir le câble tracteur, ce qui permet de diminuer sensiblement le diamètre de ce dernier et d’éviter les risques de chevauchement,
  • et des cabines espacées régulièrement en ligne et débrayées en gare pour faciliter l’embarquement et le débarquement.

 

Les pionniers de Saas Fee

L’un des atouts du système réside dans son coût de fonctionnement économe : la motorisation fournit au câble tracteur l’énergie nécessaire au mouvement le long des câbles porteurs ; contrairement à la technologie monocâble, la motorisation ne doit pas compenser le poids des cabines en ligne.

Le constructeur Von Roll et le domaine skiable de Saas Fee s’associent en pionniers pour mettre au point le premier 3S de l’histoire. La conception de cette première technologique se voit compliquée par de sévères contraintes règlementaires des autorités suisses, notamment pour des critères de gabarit. Qu’importe : les deux tronçons de l’Alpin Express – « Saas-Fee-Morenia » et « Morenia-Felskinn » – sont respectivement mis en service dans la station suisse en 1991 et en 1994, avec des vitesses en ligne dépassant déjà les 5m/s.

Malgré des frais de fonctionnement réduits, le 3S présente un dimensionnement exigeant et une conception coûteuse… aucun autre 3S ne verra le jour jusqu’en 2002.
Le groupe Doppelmayr, qui a intégré la division remontées mécaniques de Von Roll et sa technologie 3S en 1996, et sa filiale française développent alors le 3S de l’Olympique pour Val d’Isère. Cet appareil présente un certain nombre d’évolutions visant à satisfaire les exigences règlementaires françaises tout en rendant le coût de la technologie acceptable. La cinématique des câbles est calquée sur celle employée pour les téléphériques. Le chariot est simplifié et équipé d’une articulation pour faciliter le passage dans les contours. Les câbles porteurs sont à ancrage fixe. Autant d’améliorations permettant d’installer la technologie 3S dans des bâtiments moins complexes. Machinerie simplifiée, mécanique moins onéreuse, installation plus compacte, le 3S Bahn de Kitzbühel construit par Doppelmayr en 2004 reprend les atouts de l’Olympique en y ajoutant des pinces équipées de ressorts à boudin (comme sur les appareils monocâbles) et en simplifiant la cinématique du câble tracteur qui s’approche de celle d’un appareil monocâble débrayable classique. Le 3S est alors une technologie quasi-aboutie ; son prochain spécimen révèlera des capacités hors norme !
En 2007, les cabines d’un 3S survolent Fitzsimmons Creek sur le domaine canadien de Whistler Blackcomb. Le Peak 2 Peak, nouvel ouvrage du constructeur
Doppelmayr, établit alors quelques records parmi lesquels : le plus long 3S (4,4 km), la plus longue portée libre (3 024m) et la plus importante hauteur de survol (436m).

Telecabine 3s

Le 3S à la ville

En 2009, c’est au tour de Leitner de développer sa solution 3S, en l’adaptant cette fois au contexte urbain. L’objectif : relier la ville de Bolzano au plateau du Renon. Contraint par des impératifs d’emprise au sol, le constructeur italien imagine une gare courte et un mouvement pulsé alternant la vitesse en ligne de 7 m/s avec des ralentissements à 3 m/s pour l’entrée et la sortie simultanées de 4 véhicules (un entrant et un sortant dans chaque gare).
La technologie semble séduire les projets citadins puisque Doppelmayr installe en 2010 à Coblence le 3S Buga en prévision de l’exposition florale fédérale de 2011. Au sein d’un site classé auprès de l’Unesco, l’appareil devait exister le temps de l’événement avant d’être démonté… Il a entre-temps obtenu l’adhésion des habitants de la ville et la décision a été prise de le laisser à demeure définitivement.
Cette première installation 3S à usage exclusivement urbain nécessitera le développement par le constructeur d’un système dit « de sauvetage intégré » qui permet le rapatriement dans les gares des cabines et donc des passagers en toute circonstance. En plus de l’entraînement de secours dans la station motrice, un entraînement indépendant dans la station opposée et un système de freins sont prévus pour assurer le rapatriement des cabines en gare pour une évacuation. Et chaque pylône dispose des pièces de rechange et de l’outillage nécessaires aux problèmes que pourraient connaître la ligne. Des moyens et une procédure qui ont obtenu l’agrément de plusieurs autorités nationales.
En 2012, c’est Avoriaz qui s’équipe d’une installation 3S, réalisée par le groupement momentané d’entreprises Leitner/Poma. L’opérateur du domaine skiable dispose de plusieurs modes de fonctionnement : en continu comme un appareil monocâble débrayable, avec de courts arrêts en gares, ou bien sous la forme d’un train de cabines. Entre temps le 3S a également tapé dans l’œil des organisateurs des Jeux olympiques de Sochi qui se tiendront en 2014. Deux appareils Doppelmayr équipent les sites olympiques russes : Psekhako et Rosa Khutor. Ce dernier comporte 53 cabines classiques ainsi que 25 autres cabines spécialement équipées pour le transport de voitures.
Et les domaines skiables autrichiens ne sont pas en reste puisque Doppelmayr a installé le 3S Gaislachkogl dans la station de Sölden tandis que Leitner équipera le glacier du Stubai à l’automne 2015.
Si ses représentants ne sont pas légion, l’efficacité du 3S n’est plus à démontrer. Les années 90 et leurs pionniers ont peu à peu étoffé cette technologie. Capacité de franchissement, confort, sécurité, vitesse en ligne, coûts d’exploitation et de maintenance compétitifs : ces performances séduisent plusieurs porteurs de projets français de transport par câble en milieu urbain. Laissant une interrogation en suspens : le 3S n’est-il pas l’aboutissement de la technologie des remontées mécaniques ?

3S

Photos : © DR

 

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