Savoir faire : La méthode française - Quand le ski fait sa révolution

Jeudi 25 Juillet 2013

1789, la Révolution française, 1937 la Révolution du ski. Car oui, la «méthode française» de ski est une véritable révolution. La Bastille est le monument du mouvement instigué par le peuple français dès 1789, Emile Allais est le monument qui a œuvré pour la Révolution française du ski

 la méthode « Allais »Pour mieux comprendre et appréhender cette épopée française de la glisse et son hégémonie mondiale, il est nécessaire de se plonger dans un peu d’histoire, notamment dans celle d’Emile Allais, le précurseur à qui l’on doit tout, ou presque, et qui s’est éteint en 2012 à l’âge de 100 ans. Car oui, la méthode française est née de son expérience, ainsi que de celles de Georges Blanchon, vice-président de la FFS de l’époque et de Paul Gignoux, président de la Commission sportive et capitaine de l’équipe de France de ski, qui ont couché sur le papier les paroles et les idées du génie de la glisse au palmarès inégalable. C’est donc en collaboration avec la Fédération française de ski que le ski à la française a pu voir le jour, a pu éclater au grand jour. Mais revenons sur l’histoire d’Emile Allais, histoire intimement liée à celle de la méthode d’apprentissage du ski appelée «méthode française.»

L’hégémonie de la technique autrichienne

Emile Allais, né en 1912 à Megève, découvre le ski grâce à son oncle Hilaire qui lui a transmis son savoir acquis en Russie lors de la Première Guerre Mondiale. L’hiver, Emile passe alors de nombreuses heures sur la neige, sept à huit heures de ski par jour en tant que porteur des caravanes de passage à Megève. Emile ne se consacre pas encore à la descente puisqu’il accompagne les touristes souvent fortunés dans des balades à ski, en montagne, à Chamonix, aux Contamines ou encore à Notre-Dame de Bellecombe et s’essaye avec brio au ski de fond… déjà on sent chez lui un touché de neige incomparable et une soif d’apprendre incommensurable. Mais c’est à Megève, chez lui, qu’Emile va faire une rencontre déterminante pour son avenir et celui du ski français.
Le ski commence à se développer sur les pentes du Mont d’Arbois sous l’impulsion de la baronne Noémie de Rothschild. A la recherche de moniteurs de ski pour initier les riches clients de son hôtel, cette dernière fait appel aux moniteurs autrichiens, tous formés par Hannes Schneider : le maître en la matière. Originaire du village de Stuben am Arlberg en Autriche, Hannes Schneider est moniteur de ski et commence dès 1907 à développer une technique d’apprentissage du ski dénommée « méthode d’Arlberg ».
Instructeur de ski dans l’armée autrichienne durant la Première Guerre Mondiale, il créé une école de ski en 1921, élabore et distille son enseignement et sa technique. Mais revenons à Megève où des disciples de la méthode autrichienne, la seule véritable méthode d’apprentissage du ski alors en vigueur, dont Otto Lantschner fait partie, entrent en action. Ce dernier, amateur des pentes du Mont d’Arbois, a un spectateur de choix à quasiment chacune de ses sorties, un admirateur qui n’est autre qu’Emile Allais et qui n’hésite pas, lui non plus, à s’essayer sur les pentes megèvoises. Interpellé par sa présence et son agilité, Otto Lantschner propose à Emile Allais de lui inculquer le ski et les secrets de la méthode autrichienne.
Dès lors, il prend Emile sous son aile et lui propose même de participer à sa première course en 1932 : le Grand Prix du Bon Skieur qu’Emile termine juste derrière son mentor, ce qui laisse présager un avenir et un potentiel hors-norme. Bon skieur, très bon skieur même, Emile Allais a vite intégré tous les aspects de la méthode autrichienne et commence même à en pointer les insuffisances, les limites, les imperfections.

Le passage de relais

Dès 1935, le génie français de la glisse commence à s’affranchir de son mentor autrichien pour un autre, Toni Ducia, qui n’est autre que l’entraineur de l’équipe de France de ski, qu’Emile intègre avant les championnats du monde suisses de Mürren. Première compétition mondiale et première médaille puisqu’il décroche l’argent en descente et devient ainsi le premier Français à monter sur un podium à l’occasion de championnat du monde. Devant lui ? Un autre Toni : Toni Seelos, lui aussi autrichien et ami de l’entraineur de l’équipe de France avec lequel il planche sur une nouvelle technique qui tente de s’affranchir des préceptes d’Hannes Schneider.
Emile est à bonne école et n’hésite déjà pas à mettre sa patte et à creuser de son côté pour trouver de nouvelles pistes afin d’améliorer sa technique. Dès lors, tout s’enchaîne pour lui et le ski tricolore puisqu’aux Jeux Olympiques de 1936 à Garmisch-Partenkirchen, il décroche la médaille de bronze du combiné descente-slalom, encore une première pour la France ! La moisson de médailles continue aux mondiaux de Chamonix de 1937 où il rafle tout sur son passage et s’adjuge trois médailles d’or grâce à sa technique, la sienne, qu’il a peaufiné en observant ses différents entraineurs et mentors et en ajoutant ses propres sensations.
Désormais, l’image qui reste d’Emile le champion est le carton plein réalisé au championnat du monde de Chamonix et l’aisance et la technique avec laquelle le Megevois a gagné. Dès lors et fort de sa nouvelle notoriété, Emile Allais n’a qu’un souhait : tenter le pari un peu fou d’imaginer une nouvelle méthode d’apprentissage du ski, une méthode française signée de sa patte.

La naissance de la méthode « Allais »

 

C’est en observant les stations dans lesquelles il a la chance de pouvoir aller skier, qu’il s’aperçoit d’un fait qui va le marquer, l’interpeller. Chacune d’entre elles dispense sa propre méthode d’apprentissage, en fonction de ses pentes, de ses conditions d’enneigement, de ses clients. Dorénavant, et fort de ce constat, Emile n’a plus qu’une seule idée en tête : élaborer une nouvelle méthode d’apprentissage du ski qui se rapproche à la fois du ski parallèle inventé par Toni Seelos mais qui s’en affranchit.
C’est donc entouré de Paul Gignoux et de Georges Blanchon qu’Emile Allais se lance dans la rédaction d’une nouvelle méthode qui prendra forme et qui sera éditée fin 1937. Dans l’ouvrage intitulé « Ski français », les trois compères ont conceptualisé la « méthode française », celle qui dorénavant fera foi. Un peu plus tôt, le 1er août 1937, l’Ecole Nationale du Ski Français voit le jour sous l’impulsion de Léo Lagrange alors ministre des Loisirs et des Sports et qui reprendra la « méthode française ».
Dès lors, l’ensemble des moniteurs français seront formés grâce à cette nouvelle méthode et enseigneront ces préceptes à leurs disciples : c’est la fin de l’hégémonie autrichienne et la naissance de la « méthode française » qui va, au fil du temps, naturellement s’imposer comme la méthode officielle d’enseignement de la Fédération française de ski.

 la méthode « Allais »
 la méthode « Allais »
 la méthode « Allais »

 

La consécration de la « méthode française »

 la méthode « Allais »

 la méthode « Allais »1944 marque un nouveau tournant dans la méthode française. Le premier ouvrage d’Emile Allais a fait naître certaines critiques, notamment au niveau des illustrations que les novices trouvent bien trop rares. C’est donc avec l’aide de Pierre Boucher, photo- graphe, qu’Emile va revoir sa copie en élaborant une nouvelle version de « Ski Français ». Dans cette nouvelle mouture, les deux amis ont véritablement mis l’ac-cent sur les illustrations permettant, à l’aide de nombreuses photos légendées, de décomposer l’ensemble des gestes, des postures.

La nouvelle mouture éditée en 1944 fait mouche et est à nouveau la preuve de l’ingéniosité et de l’adaptabilité dont sait faire preuve le père du ski français.
Aujourd’hui, même si la technique inventée par Emile Allais a évolué, elle reste inculquée par plus de 17 000 moniteurs de l’Ecole de Ski Français, ou ESF, ainsi qu’à plus de deux millions d’élèves chaque année. L’ESF est devenue, au fil du temps, la plus grande école de ski au monde…Emile Allais a réussi son challenge et a laissé sa trace que nombreux d’entre nous ont continué de suivre.

Article réalisé grâce à l’ouvrage rédigé par Gilles Chappaz « Allais, la légende d’Emile », publié aux éditions Guérin.

 

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