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Sécurité : Déclencheur d'avalanches

Jeudi 21 Mars 2013

Mieux vaut prévenir que guérir

Chaque station, chaque Office de tourisme, communique sur les espaces vierges de toute trace. Certes, ce sont des images «vendeuses» mais la neige, l’or blanc qui ravit skieurs et opérateurs de domaines, se transforme parfois en cauchemar pour les amateurs de poudreuses et les services des pistes qui doivent, après chaque chute de neige et avant chaque ouverture de domaine skiable, remplir leur obligation de sécurité. Car oui, les avalanches imposent une lutte quotidienne et une attention de chaque instant.

 

Pour parvenir à lutter contre ce phénomène naturel qui peut rapidement faire tourner une simple et agréable journée au ski en cauchemar, de multiples solutions existent. Parmi ces moyens, Montagne Leaders, dans le cadre de son élection sur les innovations du monde de la montagne, n’a pas décidé de retenir les ouvrages relevant du génie civil et les protections actives comme les barrières à neige ou les écrans et filets de protection, pour se concentrer sur les systèmes permettant de déclencher préventivement les avalanches, excluant de facto les déclenchements de proximité via des tirs manuels, techniques pourtant largement utilisées. Car l’innovation est bien de ne plus se risquer à s’approcher de ces monstres blancs capables de tout engloutir sur leur passage comme dans le hameau de Montroc le 9 février 1999.

 

Les premières expériences

Dès 211 avant J.C, Tite-Live, historien romain, relate dans le livre XXI de «Histoire romaine», la traversée des Alpes par l’armée d’Hannibal lors de la deuxième guerre punique. Il s’agit peut-être du premier texte qui relate des déclenchements volontaires d’avalanches car il narre qu’Hannibal a perdu 18 000 hommes, 2 000 chevaux et plusieurs éléphants sous des avalanches dont certaines auraient été déclenchées par les montagnards des vallées qui menaient aux cols alpins afin d’empêcher l’avancée des troupes du célèbre général et homme politique carthaginois. Plus récemment, lors de la première Guerre Mondiale, lors de combats dans les Dolomites, les troupes italiennes et autrichiennes déclenchaient elles aussi volontairement des avalanches dans le but d’infliger de nombreuses pertes humaines, estimées entre 30 000 et 80 000, dont 10 000 pour le seul mois de décembre 1916. Depuis, les déclenchements volontaires sont utilisés à des fins beaucoup plus pacifiques.

 

Les pionniers

Afin de protéger les voies d’accès, les Suisses ont été parmi les premiers à déclencher volontairement des avalanches par des tirs d’artillerie. L’Etat de l’Utah aux Etats-Unis fait également figure de pionnier car dès 1939, le service forestier américain utilise des explosifs pour déclencher des avalanches et dès 1949 grâce à des canons militaires, des lance-roquettes ou encore des lance-mines. En France, les premiers déclenchements préventifs sont le fruit de pionniers et du «Service Avalanche» d’EDF dans les années 1960. Dès l’hiver 1969-1970, l’usage d’explosifs se «démocratise» grâce au laboratoire d’applications spéciales de la physique du Centre d’Études Nucléaires de Grenoble et de la DDA Isère. Tout s’accélère suite au drame de Val d’Isère du 10 février 1970 où 39 personnes décèdent dans le foyer de l’UCPA. L’ANENA est créée et les chercheurs du Centre d’Études Nucléaires de Grenoble peaufinent leurs recherches sur les effets des explosifs dans la neige. Dans le même temps, le Câble Transporteur d’Explosif, ou Catex, apparaît en Autriche.

 

L’œuvre de précurseurs

Pour éviter de se déplacer à proximité des couloirs avalancheux, certains imaginent des déclenchements à distance. Dès l’hiver 1973-1974, le premier Catex français est testé avec succès au Col du Lautaret par le CEMAGREF et à La Roche de Mio par le service des pistes de La Plagne en 1975. La révolution est en marche et de nombreux services des pistes souhaitent qu’un constructeur démocratise et industrialise le Catex. C’est Jacob Shippers, constructeur de fil neige, qui se chargera de cette mission avant de céder sa solution à la société Montaz Equipement. La même année, l’avalancheur, aujourd’hui commercialisé par la société Lacroix, fait sa première apparition en France après avoir été importé des Etats-Unis. Testé avec réussite, il a été autorisé par la direction de la Sécurité Civile lors de sa présentation à La Plagne en 1977. Peu après, alors qu’il est en transit dans un aéroport, Jacob Shippers entend une détonation et demande ce qui se passe. Un employé lui répond alors que le bruit entendu est une détonation issue d’un mélange de propane et d’oxygène permettant de faire fuir les oiseaux des pistes de décollage et d’atterrissage : le Gazex est né. Présenté au SAM 1988, le prototype de Gazex ne séduit guère mais sera pourtant implanté dans des centaines de stations quelques années plus tard grâce au groupe MND.
Même s’il a peu été utilisé, le système Avalhex mérite d’être cité. Grâce à un ballon en latex biodégradable à l’intérieur duquel est inséré un mélange gazeux, il était possible de sécuriser de manière permanente un ou plusieurs couloirs avalancheux.

 

Cartographier, un préalable indispensable

Certes, le PIDA n’a pas été élu lors de notre vote durant le SAM 2012 mais il mérite tout de même d’être mentionné car, pour être efficace, le déclenchement préventif doit intervenir dans des zones identifiées à risque grâce au PIDA, le Plan d’Intervention pour le Déclenchement préventif des Avalanches. Composé de divers documents, il prévoit notamment la localisation précise des avalanches à déclencher et des points de tirs correspondants via une carte. C’est l’une des pièces essentielles du PIDA car elle permet de signaler avec des numéros, les avalanches ou corniches à déclencher dans leur extension maximale prévisible ainsi que, par exemple, les points de tirs prévus, la zone interdite pendant l’opération de déclenchement, les remontées mécaniques éventuellement utilisées ou fermées.

 

Des solutions fixes au top de la technologie

Déclencheur avalancheAvec l’emploi de solutions que l’on peut qualifier de «fixes», il est aisé de comprendre la nécessité de la mise en place d’un PIDA. La société TAS, filiale du groupe français MND, s’est spécialisée dans le développement des solutions fixes pour le déclenchement préventif des avalanches. Lancés en 1988 les Gazex, puis les Gazflex, sont des systèmes de déclenchement préventif des avalanches à distance, à gaz. Permettant un déclenchement à distance, depuis un lieu sûr, ils évitent un déplacement sur le terrain, source de potentiels accidents. Les avantages de ce type de solutions sont multiples : ne nécessitant pas l’emploi d’explosif, il n’y a aucune contrainte de stockage, de transport et d’utilisation de matière dangereuses. Les Gazex et Gazflex permettent en outre de déclencher préventivement les avalanches par tous les temps, même pendant un épisode neigeux et permettent donc de lutter efficacement contre les accumulations instables avant qu’elles ne soient trop importantes, même la nuit.
La société TAS propose également le produit O’Bellx. Ce système est constitué d’un pied vertical et d’un module technique complètement autonome en gaz et en énergie puisqu’il est rechargeable par panneaux solaires. Stocké et préparé dans la vallée l’été, le module est simplement héliporté l’hiver et est commandé à distance depuis la même base que les Gazex et les Gazflex. Il peut ainsi assurer une saison entière de déclenchement avec une bouteille seulement de chaque gaz. Ici encore le principe de fonctionnement est simple : une explosion, une onde de choc, le déclenchement d’une avalanche. Particularité de cette solution : le module est libre de ses mouvements verticaux lors de l’explosion, ce qui limite les efforts générés et donc l’ampleur des fondations.

Avalancheur gazflexLes Catex signés Montaz Equipement, quant à eux, peuvent également être qualifiés de solutions «fixes» car faisant l’objet d’un aménagement au sol même si la charge permettant le déclenchement de l’avalanche est elle mobile. Petite explication : le Catex est composé d’une gare de départ abritant la station de commande et le moteur permettant de faire avancer ou reculer le câble sur lequel sera fixé la charge, ainsi que de pylônes et d’un système sous tension du câble.
Le principe du Catex est simple : une boucle de câble de plusieurs kilomètres circule sur des pylônes au-dessus des couloirs d’avalanche identifiés, les charges sont suspendues au câble et sont acheminées à leur point de tir. L’artificier peut alors déclencher les tirs, jusqu’à cinq déclenchements simultanés. Grâce au système TDR, tir direct radiocommandé, les artificiers ont la maîtrise du tir. Ils peuvent tirer quand ils veulent. Après avoir accroché la charge à un cylindre blindé, celle-ci est suivie à l’écran d’une télécommande ayant une portée de cinq kilomètres. Le déclenchement se fait également à distance, ce qui permet d’améliorer la sécurité de tous : des artificiers, des skieurs, des travailleurs qui pourraient se trouver dans la zone de déclenchement d’avalanche juste avant le tir.
Dans le détail, une fois que le dispositif d’amorçage, le plus souvent une mèche lente, est mis en place au niveau de la gare de départ, la charge est accrochée au câble grâce à une pince et une suspente, puis est mise à feu. Le moteur permet alors l’entrainement du câble et l’acheminement de la charge au bon emplacement repéré par un compte-tour préalablement étalonné. La charge explose alors à quelques mètres, suivant la hauteur souhaitée, au-dessus du manteau neigeux.

 

La mobilité pour répondre à tous les besoins

Déclencheur avalanche O'Bellx & DaisybellToujours à la recherche d’innovation dans le secteur des déclenchements d’avalanche à distance, la société TAS a également mis au point le système DaisyBell. Solution permettant de déclencher les avalanches dans les espaces accessibles uniquement par les airs, il permet en outre une sécurisation des espaces où la présence de structures fixes est impossible. Héliportée, DaisyBell permet de sécuriser différents sites avec une même solution. Le principe est simple. En vol stationnaire entre 3 et 10 mètres au-dessus du couloir, DaisyBell génère une explosion d’un mélange hydrogène / oxygène contenu
dans une enceinte métallique de forme conique. De par son autonomie et sa mobilité, ce système permet une succession de tirs sur plusieurs zones géographiques et d’ajuster au plus près le point de tir.
La société Lacroix, via l’Avalancheur, a également misé sur la mobilité. Système pneumatique, il permet un déclenchement dans différents couloirs à partir du même point. Ayant une forte portée, il peut envoyer une flèche à neige à 2 000 mètres de distance selon la pression au moment du tir. Conçues pour exploser au-dessus du manteau neigeux, les flèches à neige transportent 2,2 kg d’explosif liquide constitué de deux composants non dangereux pour le transport, le stockage et les manipulations. De plus, cet explosif devient inactif après 48 heures, renforçant ainsi la sécurité en cas de tir raté.
Bien loin des premiers tests, les produits et solutions actuels permettant un déclenchement préventif des avalanches à distance ont fait l’objet de nombreuses évolutions, innovations et, l’avenir devrait encore être propice à de nouvelles découvertes. Il est en effet nécessaire de toujours évoluer dans ce domaine car, comme aime le souligner André Grogniet, ancien président de l’ADSP et toujours très actif dans l’association, «La sécurité est un préalable incontournable à l’ouverture de routes, de pistes alpines et nordiques et des remontées mécaniques, par conséquent à l’activité économique et sociale de nos massifs».

Photos : © DR - Lacroix, MND

 

Les innovations

 

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