Julien Gauthier (Skiset) : « Une perte de chiffre d’affaires de 90 % »

Avec 500 magasins en stations, le groupe Skiset (Skiset, Netski, Go Sport Montagne) concentre un peu plus du tiers du marché des boutiques dans les stations de montagne. Directeur développement de l’entreprise, Julien Gauthier revient sur les conséquences économiques de la fermeture des remontées mécaniques.

Quels sont les impacts de la fermeture des remontées mécaniques pour les magasins du groupe SKISET dans les massifs français ?
La réalité aujourd’hui, c’est que pour l’ensemble de nos magasins en station, nous enregistrons une perte moyenne de 90 % du chiffre d’affaires sur l’hiver, en sachant que l’hiver représente 85 % du chiffre d’affaires de l’année et que nos charges fixes s’étalent sur 12 mois quand l’activité se fait elle sur quatre mois. Aujourd’hui, nous ne louons plus que des raquettes, des skis de fond et des skis de rando, ce qui représente 5% de notre activité. Sur l’activité vente, c’est très compliqué également puisque nous ne vendons pas casque, pas de masque, moins de gants, et pas de tenue de ski ou très peu. Et il ne faut pas oublier que l’on a fermé au 15 mars l’an dernier et que nous avions déjà perdu 20 % de notre activité annuelle, ce qui signifie que sur deux exercices consécutifs, nous perdons plus d’une année de chiffre d’affaires.

Avec le boom du ski de fond, des raquettes ou du ski de randonnée, avez-vous procédé à des investissements pour satisfaire la demande ?
Il y a eu des ajustements en faisant grossir les parcs de raquettes à neige ou de ski de rando, mais pour situer, un magasin qui va avoir un parc de ski alpin de 800 équipements, n’aura environ que 15 paires de skis de randonnée. De plus, nous ne pouvons pas d’un seul coup, transformer le modèle. D’une part parce que le ski de rando ne se loue pas dans les mêmes conditions que l’alpin, et que d’autre part, la fréquentation pour les quatre semaines de février devrait être très réduite, avec par exemple, 15 % annoncé dans les stations de Tarentaise. C’est un peu mieux dans les stations de moyenne montagne, mais avec le remplissage prévu, nous ne pouvons pas nous permettre d’investir massivement, car les activités proposées ne pourront pas compenser les pertes du ski alpin.

Faites-vous déjà des projections sur l’été ou est-ce encore trop tôt ?
Déjà c’est trop tôt compte tenu de la situation sanitaire. Ensuite, il faut bien voir le rapport entre une saison d’hiver qui dure quatre mois et une saison d’été qui dure six à sept semaines avec un impact économique complètement différent. En été, quand bien même il y a du VTT du VVTAE, ce n’est pas comparable à l’activité hiver. C’est en moyenne 15 % du chiffre d’affaires de l’année donc lorsque nous réalisons une progression de 20 à 25 %, nous gagnons 3 points. L’été ne peut pas compenser mais tant mieux s’il se fait car il fait entrer un peu de trésorerie. Et puis, l’été dernier, l’activité en montagne a redonné le moral à tout le monde, elle a permis de retrouver une vraie ambiance de saison touristique, mais cela n’a duré que six semaines.

« Le décret du 8 février relatif au fonds de solidarité est une avancée indispensable qui prolonge le dispositif en place, mais il ne change pas nos problématiques sur les frais fixes ».

Aujourd’hui, êtes-vous satisfait des dispositifs d’aides mis en place par le gouvernement ?
Nous attendons surtout de savoir quelles sont les modalités d’application de ces aides, car cela reste flou, notamment sur l’indemnisation des coûts fixes non couverts qui ne s’applique pas aux commerces comme les magasins de sport. C’est inacceptable et incompréhensible car nous sommes impactés de la même façon que l’hôtellerie ou la restauration, puisque nous sommes liés à un seul et même flux touristique. Le décret du 8 février relatif au fonds de solidarité est une avancée indispensable qui prolonge le dispositif en place, mais il ne change pas nos problématiques sur les frais fixes, notamment lorsque l’activité principale d’un magasin est la vente. Avec 10 000 euros d’aides, c’est tout juste de quoi payer le loyer. Nous allons poursuivre les démarches auprès des ministères pour que nos magasins restent en vie et soient tous intégrés à la liste S1.