Mobilité : un enjeu pour le tourisme demain

Après la conscience environnementale de la clientèle l’an passé, quelle thématique plus actuelle que celle de la mobilité pour cette enquête annuelle G2A et Montagne Leaders. Cette étude 2021 s’est tournée à la fois vers les clients de stations et les élus locaux.

Selon le prisme d’observation, les déplacements liés au tourisme présentent plusieurs composantes. Dans l’esprit du consommateur, il s’agit d’une période de temps, variable, qui le sépare de son lieu de vacances, un moment attendu parfois depuis des semaines. Dans cette optique, il est légitime d’espérer que cette période soit la plus courte possible et également la moins contraignante. Ce raisonnement qui cherche à optimiser les conditions et la durée de son trajet vaut encore plus au retour de vacances, un moment tabou qui éloigne les touristes des souvenirs qui viennent de naître pour les renvoyer à leur quotidien. Ces deux circonstances composent la perception client de sa mobilité touristique vers les stations de montagne.

Une perception a priori éloignée de celle que peuvent en avoir les acteurs touristiques d’un territoire de montagne. Embouteillages journaliers, hebdomadaires : au « meilleur » de la période de vacances scolaires, la mobilité des clients vient télescoper celle du quotidien autochtone. Un grand chambardement dont la population locale se passerait volontiers si ces cortèges de véhicules touristiques ne venaient pas, l’espace de plusieurs semaines, enrichir un territoire pour qu’il prospère le reste de l’année.

Associée à l’objectif environnemental

Aux yeux des élus, dont la collectivité peut avoir pris en charge la compétence Mobilité suite à la loi LOM, il s’agit d’organiser au mieux la mobilité sur le territoire, dont celle liée au tourisme.

À cette diversité de points de vue, vient s’agréger une dimension environnementale liée à la pollution inhérente aux transports. Deux études ont mis des chiffres sur la pollution induite par les déplacements touristiques vers les stations de montagne. La première * établissait que les transports touristiques représentaient 74 % des émissions globales annuelles de gaz à effet de serre en station (sur son périmètre d’études). La seconde ** portait sur des bilans carbone : « La majorité des émissions constatée en stations est issue des transports de personnes (57%). (…) Les émissions induites par les déplacements de personnes dans et vers les stations se concentrent majoritairement, tous modes de transports confondus, sur deux publics : les visiteurs étrangers (44%) et les résidents permanents des communes (37%). Les déplacements réalisés par les visiteurs français représentent 19% des émissions et se caractérisent par une utilisation majoritaire de la voiture. »

Au regard de cette complexité, l’équation de la mobilité dans sa dimension touristique associée à la montagne méritait donc bien qu’on lui consacre une étude, comme l’évoque Émilie Maisonnasse, directrice des études pour G2A Consulting : « La mobilité fait partie des indicateurs à aborder au regard de son impact sur l’environnement touristique. Nous savons que le transport est un élément fort au sein du bilan carbone touristique. Il nécessite d’être pris en charge dans la réflexion qui consiste à élaborer les solutions de demain au service des touristes. L’objectif est aussi d’amener les élus à réfléchir autour de cette question essentielle, que ce soit sur un périmètre local, interne à la station, ou un territoire plus large. Aujourd’hui certains modes de transport ont connu une régression de leur fréquence et/ou de leur desserte. La problématique se pose donc également au plan national : pourquoi soutient-on plus le transport aérien que le ferroviaire ? La mobilité nécessite une prise de conscience individuelle et une appropriation de la question, de la part des touristes, des élus et de tout citoyen. »

Du chemin à parcourir

Que l’on évoque l’urgence liée à la question environnementale ou la commodité associée au transport, l’envie de changement semble sous-jacente, mais ne transparaît pas dans les faits, à l’image de nouveaux programmes immobiliers intégrant de larges parkings souterrains ou de la priorité encore accordée au stationnement automobile, pourtant un point noir dans nombre de destinations. Ces décisions d’aménagement sont pragmatiques, actées et dictées par l’urgence de satisfaire la clientèle automobile d’aujourd’hui… Équation insoluble ?

Les lignes de cette problématique pourront évoluer grâce à une offre de transports territoriale large, fiable et réputée. Il en va de la compétitivité de nos destinations montagne.

* : Bilan gaz à effet de serre en station, réalisée par Mountain Riders, en partenariat avec l’Ademe et la commune de Saint-Martin-de-Belleville – 2007
** : Bilans carbone de dix stations, réalisés à l’initiative de l’ANMSM, en partenariat avec l’Ademe et Mountain Riders – 2010

Les panels de répondants
Le panel de la clientèle touristique est composé de 1 117 Français, représentatifs des clients français fréquentant les stations de montagne, interrogés du 11 au 21 mars 2021. 
Ils vivent majoritairement en ville (44%), en zone périurbaine (27%) et à la campagne (26%). 54% vivent avec des enfants, seul ou en couple. Et seuls 47% d’entre eux sont fidèles à une destination de montagne.
Près de 300 élus constituent l’autre panel des répondants, consultés entre le 27 avril et le 7 mai derniers sur des questions adaptées diffusées aux adhérents et pertenaires de l’agence AGATE et de l’ANMSM. Ils représentent majoritairement des communes et/ou des intercommunalités. Ces collectivités sont situées en zones de montagne (72%) ou en zone rurale (22%), et abritent peu d’habitants : 82% comptent moins de 5 000 habitants, et 12% entre 5 000 et 10 000 habitants.
Nos remerciements vont à Evelise Pichery et Michel Dietlin de l’agence AGATE, à Nicolas Boutherin de Ideolding, ainsi qu’à l’ANMSM pour leurs divers concours à cette étude.