Athlètes : leur vision de la montagne

Sur les planches depuis tout petits, les meilleurs athlètes tricolores ont bénéficié des structures qui font les sports d’hiver en France : ESF, clubs, FFS, stations de ski, entreprises partenaires. Aujourd’hui ou hier au sommet de leur discipline, ils nous livrent leur vision de la montagne. Ces sportifs, affichent un discours reconnaissant et résolument tourné vers demain.

« La montagne nous offre le décor… À nous d’inventer l’histoire qui va avec ! » (Nicolas Helmbacher). Pour les athlètes des différentes équipes de France de ski, l’histoire a bien souvent commencé jeune. Comme un prolongement presque naturel de la marche. Il est vrai facilité par un entourage de skieurs. Des parents passionnés et pratiquants, impliqués dans des clubs ou des écoles de ski. Un décor propice à l’éclosion de champion. « J’ai commencé à deux ans à peine dans la station des Monts d’Olmes dans les Pyrénées. Mon père et mon frère étaient moniteurs et ma mère était présidente d’un club de ski de bosses. C’est donc tout naturellement que j’ai opté pour la discipline », expose Perrine Laffont, la championne olympique et n° 1 mondiale du ski de bosse. Pour d’autres comme Maurice Manificat, la révélation a eu lieu grâce à l’école. « Je suis né dans une famille très sportive, mais j’ai découvert le ski de fond à l’école. Je trouvais cela facile, je prenais du plaisir et j’ai par la suite profité de mes aptitudes et de mon tempérament pour le sport d’endurance pour travailler dur et atteindre l’équipe de France », explique le Haut-Savoyard.

La vie de groupe

Après l’initiation et les plaisirs de la glisse, vient l’heure d’intégrer un club et le circuit classique du développement vers le haut niveau. Mais aussi, le temps béni des mercredis et des week-ends avec les copains. Et enfin parfois, des sacrifices et des vies très chargées dès l’adolescence. « Être avec les copains, partir en voyage, faire quelques conneries, vivre en communauté. J’aimais la vie que cela me donnait. Aujourd’hui c’est mon métier, j’aime toujours autant la vie que m’offre le ski même si c’est devenu plus sérieux », confie Clément Noël, formé dans les Vosges à Ventron avant de rejoindre à 14 ans, le prestigieux club des sports de Val d’Isère. Même son de cloche pour le biathlète Quentin Fillon-Maillet, pour qui « la compétition est vite devenue un moyen de s’exprimer, de retrouver les amis et de passer du temps en famille ». Un constat qui fait l’unanimité chez l’ensemble des athlètes interrogés dans ce dossier.

Un écosystème quotidien

Alors, au fil de la progression sportive, la montagne ressemble de plus en plus à un partenaire de jeu, d’émotions et de performances.  « J’ai grandi au Grand Bornand, une station très familiale, avec une vie de village, avec un accès rapide aux pistes, où tout le monde se connaît, est solidaire. J’ai également connu la Nouvelle-Zélande plus sauvage quand j’étais petite, et les différents pays dans lesquels je vais chaque année. Je ne vois pas ma vie sans les stations », pose Tessa Worley, la double championne du monde de slalom géant. Un environnement de vie quotidien un peu magique bien que parfois assez circonscrit. « Nous voyageons non pas pour visiter des pays, mais pour poser nos bagages dans des stations et monter sur des télésièges. J’en ai visité un bon paquet et j’aime l’ambiance qui y règne, à la fois festive et sportive », raconte Clément Noël. Pour cet hiver 2020-2021, il faudra repasser pour l’ambiance et la pratique du ski. Car toutes les épreuves de Coupe du monde ont sonné bien creux, se déroulant à huis clos, loin des fêtes populaires des années précédentes comme avec les 35 000 spectateurs à Chamonix.

La France au sommet

Ce qui n’est en revanche pas remis en cause, aussi bien chez les alpins que les nordiques, c’est bien la qualité des domaines skiables en France. « Nous avons en France certains des plus beaux et des plus grands domaines de ski au monde comme les 3 Vallées ou encore l’espace Tignes-Val d’Isère. Je parcours les pistes du monde entier et je trouve que la France offre des points de vues et une diversité de pistes plus riche que ce que l’on peut retrouver ailleurs », estime le numéro un mondial, Alexis Pinturault. Mais aujourd’hui, tous sont inquiets face à la fermeture prolongée des remontées mécaniques.

Et demain ?

« Le milieu du ski fonctionne comme une famille. C’est un ensemble avec les stations, les remontées mécaniques, les écoles de ski, les commerces, les hôtels, les loueurs, tout le monde dépend de tout le monde et nous aussi en tant qu’athlètes. Nous pouvons courir mais nous sommes inquiets pour nos proches et nos stations », avance Tessa Worley. Une angoisse profonde de la saison blanche qui vient s’ajouter aux problématiques de réchauffement climatique et du manque de neige. « Les choses ne vont pas en s’arrangeant c’est une évidence, mais certaines avancées vont dans le bon sens pour nous aider, comme la neige de culture ou la neige de stockage, mais parfois cela fait peur et m’inquiète un peu », se questionne Quentin Fillon-Maillet. Cependant, et pour finir sur une note positive, la montagne regorge d’atouts : « la montagne c’est la liberté. Elle offre une variété incroyable en termes d’activités. Même avec moins de neige, elle a un bel avenir », prophétise Maurice Manificat. 

Des ambassadeurs 
Dans le contexte particulier de la fermeture des remontées mécaniques, la Fédération française de ski (FFS) a mené une campagne de communication où les athlètes des différentes équipes de France vantaient les mérites d’intégrer un club FFS. Alors que les étapes de Coupe du monde en France (Val d’Isère, Courchevel et Chamonix) se sont déroulées à huis clos, que la situation actuelle peut décourager certains de poursuivre la compétition, que les enfants n’iront pas au ski cette année hormis sur quelques pistes avec tapis, les sportifs par leurs résultats et leur image sur les réseaux sociaux ont un rôle majeur d’ambassadeurs, reconnu et assumé, pour faire vivre l’image du ski et donner à tous l’envie de pratiquer. 
Découvrez ce dossier en intégralité dans l'édition n°282 de Montagne Leaders.
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