Saison 2020-2021 : pourvu qu’elle soit unique

Après la « saison » que la montagne française vient de traverser, l’enquête Top 100 n’aurait eu que peu de sens. L’hiver 2020-2021 restera comme une période tristement historique pour la filière. Crise, traumatisme ou injustice, ces évènements ont pu être vécus différemment, tout comme les mesures qui les ont accompagnés ou les leçons à en tirer. C’est cette perception que Montagne Leaders a recueilli, à froid, auprès des opérateurs français de domaine skiable.

C’est traditionnellement l’un des documents de la rentrée pour la filière Montagne. L’hiver 2020-2021 ne comptera pourtant pas son Top 100. Cette enquête n’aurait eu aucun sens à l’issue de la saison singulière qu’ont connu les domaines skiables français. Même les plus mauvais hivers n’avaient jusqu’à maintenant pas eu raison de cette enquête, depuis sa première publication en 1993. 

Une pandémie et plusieurs décisions erratiques de l’exécutif ont donc contribué à ruiner les efforts de dizaines d’opérateurs de domaine skiable, et dans leur sillage le travail préparatoire de milliers d’acteurs qui avaient anticipé avec le plus grand professionnalisme la visite d’une clientèle qui aurait préféré le grand air et l’altitude aux couvre-feux et autres confinements.

Une période sans repère

Plus que les tempêtes, la pluie ou l’absence de neige, des maux pour lesquels ils sont préparés, cette crise a pu être vécue comme une épreuve par les acteurs des domaines skiables : « C’est une période difficile individuellement, notamment due à la perte de repères. » On peut être chef d’entreprise et ne pas avoir été préparé à affronter toutes les situations. La survenue d’une pandémie en fait partie.

La traditionnelle enquête Top 100 réalisée auprès des opérateurs français de domaine skiable a donc laisser place à un questionnaire, afin d’essayer de traduire par les mots la façon dont ils ont vécu cette crise, ainsi que la fermeture administrative des remontées mécaniques et ses conséquences sur le fonctionnement de leur structure et de leurs équipes.

La communication comme maître-mot

L’exercice leur a offert la possibilité d’exprimer librement leurs sentiments sous couvert de l’anonymat. Ce parti pris de témoignages s’est avéré un moyen d’expression pour tous les stades de cette période compliquée. Le ressentiment s’est par exemple matérialisé : « Le gouvernement n’a pas compris le fonctionnement d’une station de ski et a traité avec beaucoup de mépris les travailleurs des stations. »

Mais au-delà de la colère ou de l’incompréhension de certaines décisions gouvernementales, c’est au final le traitement des affaires courantes qui est devenu singulier : « Il a fallu déployer beaucoup d’énergie pour communiquer et expliquer. » La communication, une valeur essentielle pour les dirigeants et leurs équipes pour remédier à la perte de contact avec les salariés : « Durant la crise, nous avons ressenti un fort besoin de communiquer régulièrement avec le personnel. À la reprise, ce fut un besoin de reconnexion avec les équipes, et de se retrouver. »

Les mesures de chômage partiel combinées au télétravail ont en effet pu venir gripper les rouages pourtant rôdés de nombre de sociétés d’exploitation : « Nous avons rencontré une complexité de management à distance dans nos entreprises. La valeur travail s’est trouvée mise à mal… »

Des opportunités et des enseignements

Mais chaque crise apporte également son lot d’enseignements. La leçon la plus essentielle est celle portée par la quasi-totalité des opérateurs de domaine skiable : le ski alpin est, et restera pour encore bien des saisons, le moteur économique du secteur touristique en montagne. C’est, dans l’immédiat, l’activité qui permet de réaliser les chiffres d’affaires directs et indirects au bénéfice de tous ces territoires. C’est aussi, à court et moyen termes, la source de revenus la plus fiable qui pourra permettre de financer les axes de la diversification, si controversée.

Avec un peu plus de philosophie (et peut-être des tensions moindres), certains ont aussi vu dans cette crise des leviers et des opportunités ; ils ont fait contre mauvaise fortune bon cœur en tâchant de mettre à profit cette période creuse : « À toute chose, malheur est bon. Nous disposions des tous nos salariés, sous contrat, ce qui nous a permis de faire des choses infaisables en temps normal avec eux : formation, shooting photo, réflexions stratégiques, etc. »

Les répondants les plus optimistes ont, quant à eux, vécu cette période troublée comme « une expérience intéressante » voire « une saison d’expériences nouvelles pour les exploitants et les clients ». Quel que soit le prisme au travers duquel est observée cette « saison », 2020-2021 restera donc historique et singulière. Souhaitons qu’elle soit également unique en son genre…

Découvrez ce dossier en intégralité dans l'édition n°286 de Montagne Leaders. Les autres articles du dossier  :   
- Remontées mécaniques & Covid : des mois d’incompréhension 
- Et ailleurs sur la planète ski ?
- L’or blanc a marqué des points chez les plus jeunes – nordique : une saison positive, et après ?
- La locomotive ski alpin, et ses wagons... 
- Des domaines skiables volontaires, mais prudents...  
- Mesures sanitaires, ressources humaines : 2021-2022 en questions 
- Alexandre Maulin - président de Domaines skiables de France 

Point méthodologique  
Ce sondage a été adressé au panel d’opérateurs de domaine skiable français habituellement sollicités dans le cadre des autres enquêtes de Montagne Leaders, le Top 100 et les Investissements.
Tous les massifs tricolores ont donc été sollicités, ainsi que toutes les typologies d’exploitation : les opérateurs privés, indépendants ou relevant d’un groupe, ainsi que les exploitants publics ou parapublics. Ce panel revêt également des enjeux économiques différents, avec des chiffres d’affaires allant de centaines de milliers d’euros à plusieurs dizaines de millions.
Merci à tous les répondants pour leur temps consacré, durant notre période de collecte qui s’est étalée entre fin juillet et début septembre.